Posté le 09.04.2008 par lettraugranier
Questionnaire : première journée du Guépard ; version filmique de Visconti
Quelles allusions au contexte historique retrouvons-nous dans cette séquence ?
Rumeur lors de la messe et découverte du soldat mort ; lettre de Malvica ; discussions avec Tancrède et Pirrone : situation insurrectionnelle en Sicile (les feux sur la montagne) ; débarquement des 1000 de Garibaldi à Marsala – les Piémontais contre les Bourbons à la tête des Deux-Siciles ; ralliement d’une partie de la jeunesse sicilienne qui méprise « Fransceschiello », le « petit François »
NB : décalage temporel par rapport à Lampedusa : compression du temps puisque tous les événements sont annoncés après la célébration de la messe et que le soldat est découvert le jour du débarquement / en analepse dans le roman : efficacité du resserrement dramatique.
Commentez la façon dont la statue du jardin est filmée dans le générique
D’abord de face : un buste sans doute de déesse romaine ; puis de profil : continue à se détacher dans lumière dorée du début du film (fidélité au roman sur ce point) + sur le ciel très bleu de mai. Ms : on constate avec le nvel angle de vue que le nez est cassé et que la pierre est rongée : apparence de solidité des symboles de la vieille Sicile ms une dégradation est à l’œuvre.
Comment l’importance du débarquement de Garibaldi est-elle tempérée par Visconti ?
Réaction du Prince qui méprise son cousin / effet burlesque avec crise de nerfs de Maria-Stella, entourée par enfants et Melle Dambreuil ; on se replie dans prière frénétique ; le Prince lui aussi touché avec énervement : rythme plus haché avec des plans fixes qui se succèdent (et non plus les longs travellings du début), déséquilibre avec succession de plongées et contre-plongées. Une scène plus de boulevard qu’un moment de grave révélation. Un équilibre qui revient avec un plan fixe plus long où le prince reprend le contrôle et sort de la pièce : profondeur de champ qui permet l’allongement du plan ici.
Le palais des Salina regorge d’objets. Quelle symbolique leur accorder ?
Beaucoup d’œuvres d’arts et de livres (un des premiers plans à l’intérieur du palais : les personnages priant sont vus de l’embrasure d’une porte + 1/3 droit du plan occupé par une bibliothèque) : monde de l’esprit et du savoir en même temps qu’importance du passé ; énormément d’horloges et de sabliers : rappel du temps qui passe = relié à thématique de la mort ms aussi idée d’un temps circulaire, qui revient tjs sur lui-même= temps de l’immobilisme dans lequel se confine le Prince ; de façon générale : énormément d’objets circulaires, comme pour mieux témoigner de ce perpétuel retour au même qui est le temps de la noblesse sicilienne : globes, verres ballons, miniatures sur le mur, rideaux gonflés par le vent, escalier monumental…
Les longues vues : relation avec le caractère du Prince : capacité d’abstraction qui lui permet de prendre du recul et de tirer les conclusions du débarquement dans une vison historique et plus événementielle ; en même temps : idée que le Prince regarde toujours à distance le monde qui l’entoure et étant incapable de réellement y participer ; distance aussi avec la religion : les longues vues du côté du Prince, pas de Pirrone : agnosticisme du prince qui préfère expliquer le monde par la science que par la religion. Une image se dessine : le prince comme un homme du XVIIIème égaré au XIXème…
Importance des rideaux : effet esthétique certain avec notamment jeux de reflet sur les personnages dans la scène de la prière + symbolique également : joue comme un écran avec le monde extérieur ; pour pénétrer dans la maison, on est d’ailleurs entré par la fenêtre et on est passé de l’autre côté du rideau. Cependant : ces rideaux sont des voiles où sont entrouverts : ils laissent passer le vent qui souffle de l’extérieur (et qui gonflera, dans la scène suivante, les drapeaux tricolores exaltés par Tancrède) et ne sont pas une clôture définitive : le prince ne prétend pas ignorer le poids des événements extérieurs, il en prend acte même s’il reste à distance.
Comment Visconti se sert-il des miroirs dans la scène de rencontre entre Tancrède et Don Fabrice ? Quelles oppositions peut-on noter entre les deux générations ?
Premier plan : Tancrède comme reflet du Prince ; deux êtres proches avec même ironie et vision au final commune sur les évènements (cf dernière question) : le Prince est plus proche de Tancrède que de ses fils, silhouettes en arrière plan à qui ne parle jms ds le début du film.
Rapidement cpd : Tancrède se reflète seul dans un miroir, de même le Prince : narcissisme de deux êtres habitués à s’admirer et à être admirés (élégance de Lancaster en particulier, en pleine toilette ici ; Visconti gomme les détails de Lampedusa, comme la tache de café sur le gilet). Aussi distance qui se creuse entre les deux : Tancrède choisit l’action ; il représente une nouvelle génération qui se plie aux Bourbons et à leur « modernité » : Visconti joue avec le visage juvénile et glabre de Delon, opposé ici à la sature d’homme mûr de Burt Lancaster. Tancrède représente le mouvement : à peine le voit-on qu’il disparaît en courant, emportant tout dans son enthousiasme. Mvt inverse par rapport au début du film : on pénètre peu à peu dans la maison par un effet de resserrement, de la grille à la fenêtre ; Tancrède est celui qui sort de la propriété et se lance dans le monde. Le Prince reste sur la terrasse où il voit le cabriolet s’éloigner : c’est un observateur.
Lampedusa use beaucoup de l’antithèse. Montrez que Visconti le suit sur ce point, pour filmer un pays et des personnages eux aussi contrastés
Pays contrasté en effet : campagne montagneuse de la propriété et échappée à Palerme : pays rural donc où la ville n’est jms bien éloignée de la nature + cette ville semble assez sordide, même si c’est moins marqué dans le film que dans le roman : filmée de nuit, murs lépreux…
Contraste chez le Prince : versatile car capable de s’emporter et de retrouver rapidement son calme, capable de réactions épidermiques (se rendre chez sa maîtresse car sa femme fait une crise de nerfs) comme de recul (discussion politique avec Pirrone) : personnage à la fois sensuel et intellectuel, attaché aux plaisirs et au monde et détaché de ce qui l’entoure. Emblématique de son double caractère : sa relation avec Pirrone : affectueux mais critique, comme avec la religion : en prière dans la première scène puis pécheur (par la chair et par l’esprit).
Façon de filmer de Visconti : alternance des plans : plans fixes puis travellings ; ombres et lumières, en particulier quand le prince est filmé : le visage est illuminé mais souvent l’ombre le cerne ; mauvais présage sans doute sur le devenir de cet être pourtant solaire.
NB : inversion par rapport au roman : chez Visconti, le prince est celui que l’on filme le dernier lors de la prière…
Quel rôle la musique joue-t-elle dans le début du film ?
Musique de Nino Rota, habituel compositeur de Fellini. De facture assez classique, comme le film et le livre : musique symphonique.
Un thème majeur, qui se fait entendre dès le début : thème des Salina : tonalité majestueuse, assez grave ; rythme posé + thème se répète : là encore impression de circularité.
Un autre thème est utilisé pour Tancrède, plus léger, plus romantique, même si on retombe dans des sonorités plus graves quand il croise Concetta.
Le film est composé comme un opéra : Tancrède aurait un rôle de ténor, le prince serait plut^to une basse.
A la fin de l’épisode, quelle opinion le Prince a-t-il sur la situation historique ?
Opinion partagée avec Tancrède : mieux vaut se rallier aux piémontais que de s’exposer au risque de la république de Mazzini. Le changement perçu comme gage de stabilité : tout change mais rien ne change. On parle turinois plutôt que napolitain mais le Prince pense garder ses privilèges. De fait, on le laisse passer quand il rejoint Palerme de nuit, ce qui semble étrange le jour de ce que Pirrone nomme « révolution » : une Sicile qui, de toute façon, reste attachée à sa noblesse. Donc : on peut laisser faire. La devise de Tancrède : « changer pour que rien ne change » est traduite par le prince comme justification de son immobilisme.
Intuition de Pirrone cependant : changement financier ; la nouvelle classe dirigeante, à défaut de réformer, va chercher à s’enrichir sur le dos des anciens puissants, de l’église en particulier.
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Posté le 02.04.2008 par lettraugranier
Dans Madame Bovary, Gustave Flaubert raconte comment le personnage principal, Emma Bovary, cherche à s’évader de l’univers décevant de la campagne normande, où son médiocre mari Charles exerce la fonction de médecin, en multipliant les lectures, les romans dépaysants ou romantiques, éloignés de son quotidien. Coupée du réel, l’héroïne finira cependant par poursuivre un idéal purement littéraire qui lui échappera sans cesse et, lassée de cette quête toujours décevante, se donnera finalement la mort. la question, sans qu’elle ne prenne un tour aussi dramatique, peut se poser pour chacun d’entre nous : lire, on le répète assez, est à la fois un loisir et une nécessité ; mais faut-il préférer les ouvrages qui nous éloignent de ce que nous vivons au quotidien ou, au contraire, privilégier ceux qui nous renvoient aux réalité que nous côtoyons tous les jours ? Afin de répondre à cette question, nous verrons que, certes, on peut aimer lire pour échapper à ce que l’on connaît, mais que, toutefois, la littérature en prise avec le monde réel peut nous apporter beaucoup. Faut-il cependant opposer aussi rigoureusement ces deux logiques ? Nous verrons dans une troisième partie que, souvent, les livres qui nous semblent les plus éloignés de nous ne nous parlent en fait que de ce qui nous entoure.
Il est tout d’abord légitime d’aimer lire pour s’évader.
Certains ouvrages nous permettent ainsi de découvrir des horizons qui nous demeurent inconnus ; ils nous dépaysent et satisfont notre curiosité en nous présentant des contrées, ou des époques qui ne correspondent pas à ce que nous vivons. La lecture peut être ainsi documentaire et sera perçue comme un gage d’ouverture culturelle, d’ouverture à l’autre, à l’inconnu. C’est une dimension que l’on retrouve dans nombre de romans étrangers : Shirombamba d’Inoué nous plongera dans un Japon traditionnel où la nature joue une importante place, où l’enfant qui raconte ses souvenirs sera sensible au vol des papillons et retracera la grâce de la cérémonie du thé ; c’est tout un précis de sagesse orientale qui prendra alors jour sous nos yeux. Sans doute encore nous sera-t-il possible d’apprendre sur le monde et l’étranger en parcourant les récits de voyage romancés de Nicolas Vanier, comme Le Dernier Trappeur, qui narre la dernière saison d’un homme dans le Grand Nord canadien, ou ceux de Nicolas Bouvier, de jacques Lacarrière. L’Eté grec, par exemple, raconte les voyages de l’auteur dans le Péloponnèse ou en Crète ; en chemin, nous nous arrêtons dans les monastères des Météores, de ces moines ascétiques vivant seuls dans des grottes perchées dans les montagnes, sur le choix desquels l’auteur médite. Lire, c’est donc une porte ouverte au voyage, à la découverte, et seuls les livres les plus éloignés de ce que nous vivons nous permettront de réellement enrichir notre connaissance de l’autre.
Lire des ouvrages qui ne nous renvoient pas à notre quotidien permet également de nous rendre compte combien d’autres hommes vivent des expériences différentes des nôtres. C’est alors notre propre vie que l’on peut placer en miroir, dont on jugera soit les manques, soit au contraire les avantages. Germinal d’Emile Zola, même s’il n’est pas un roman à proprement parler exotique, présentera au plus grand nombre une réalité inconnue, celle des mineurs au XIXème siècle. L’ouvrage possède un caractère sociologique certain : c’est toute la misère d’une classe sociale exploitée qui est ici représentée, à travers le destin d’Etienne Lantier. On jugera de la difficulté d’une existence sans cesse menacée par l’accident, d’un travail quasi inhumain qui broie l’homme, à l’image de cette mine qui, comme un Minotaure, engloutit tous ceux qui s’aventurent dans ses entrailles. Et sans doute un lecteur contemporain pourra-t-il alors juger des avancées acquises depuis la fin du XIXème siècle, d’un confort dont il convient sans doute ne pas négliger la portée. Lire, c’est aussi être confronté à l’autre et ainsi, évaluer à plus juste mesure ce que nous vivons au quotidien.
Enfin, la lecture d’ouvrages qui nous éloignent de ce qui nous entoure nourrira naturellement notre propension au rêve, à l’évasion. Elle suspendra un moment notre appartenance au réel pour nous projeter dans des univers autres, et c’est tout notre quotidien qui s’effrite peu à peu et finit par disparaître, le temps de parcourir quelques pages. Un texte court peut suffire à nous faire nous évader : le poème le « Bateau ivre » de Rimbaud nous fera ainsi voguer au grès des courants, sur une mer imaginaire, à la fois grandiose et dangereuse, où l’on croise les « léopards à peu d’homme » et, même si l’on en revient à l’ « Europe aux anciens parapets », c’est bien notre monde que l’on a laissé derrière nous pour parcourir l’imaginaire, celui du poète étant en l’occurrence bien plus riche que le monde réel. A plus grande échelle, le roman peut nous plonger dans un temps autre, dans un univers étranger : pensons aux grands romans russes, comme Guerre et Paix de Tolstoï : la lecteur se retrouvera plongé dans une grande fresque historique, dans la Russie en guerre, bien éloigné de ce qu’il vit au quotidien, de ses obligations ou de ses habitudes. Un livre est bien ce bateau ivre qui nous emmène au loin et suspend notre rapport au réel.
Lire, si l’on accepte de diversifier ses sources et de s’ouvrir à l’inconnu, c’est donc découvrir, comparer, rêver. Ce n’est bien sûr pas le seul intérêt de cette activité mais encore faut-il également parcourir des ouvrages qui nous parlent plus directement de nous pour saisir que lire, c’est aussi une occasion de réfléchir à ce qui nous entoure.
On peut tout d’abord lire un livre qui nous parle d’un monde connu et, tout à coup, découvrir l’intérêt de ce que l’habitude nous amène à ne plus voir, où à négliger la valeur. C’est sans doute une des fonctions de la poésie par exemple. Prenons le cas de Francis Ponge : il s’agit bien d’un auteur que l’on pourrait classer dans la catégorie des « poètes du quotidien » puisqu’il choisit de donner « le parti pris » aux choses, selon le titre de son recueil, c’est-à-dire de parler de tous ces objets que, à force de nous en servir, nous ne discernons même plus : le pain, l’éponge… et c’est alors toute la richesse du monde qui nous entoure qui se fait jour à nouveau. L’huître n’est plus par exemple une sorte de cailloux contenant une bestiole visqueuse dont certains se régalent, c’est une sorte de mystère qu’il faut prendre le temps d’ouvrir pour découvrir une mer coiffée d’un ciel de nacre. Le lecteur de Proust aura de semblables révélations : et, en lisant A la recherche du temps perdu, il se rendra compte de la beauté d’un buisson d’aubépines, de la grâce de pommiers « les pieds dans la boue », de l’émotion même que peut susciter un avion qui s’envole dans le ciel. Nous oublions combien notre monde est beau et c’est bien le rôle de la littérature de nous le rappeler… mais aussi de la peinture : les pommes deviennent œuvres d’art sous le pinceau de Cézanne, des nénuphars se nimbent d’un lueur sans cesse changeante dans les Nymphéas de Monet. L’art nous offre donc un regard neuf à porter sur notre quotidien.
Lire peut aussi nous aider à mieux comprendre la société qui nous entoure. L’auteur, souvent, a réfléchi sur le monde et l’ouvrage qu’il écrit est le fruit de ce travail d’interrogation de la société qu’il ne cesse de mener. On pourra contester l’idéologie de Houellebecq par exemple. Il n’en reste pas moins que ce qu’il écrit nous permet de cerner une société individualiste, où chacun cherche cyniquement à trouver du plaisir, même si la morale et la considération d’autrui sont mis entre parenthèses. C’est ce que l’auteur développe par exemple dans Plateformes, un ouvrage sur le tourisme sexuel en Asie. François Bon, quant à lui, réfléchit sur le monde de l’entreprise, notamment avec le livre Daewo. Et, puisque l’on parle actuellement beaucoup de mai 1968 et de son héritage, on pourra consulter le roman autobiographique Tigre de papier où Olivier Rollin met en balance les interrogations d’une jeune fille des années 2000 avec les idéaux d’un groupe de trotskistes des années 1970. De tous temps, il s’est trouvé des auteurs pour se faire le reflet de leur époque : Zola en son temps ; Houellebecq ou Despentes de nos jours. Lire leurs écrits, c’est donc profiter de leur regard sur le monde et tenter de cerner les mécanismes qui nous entourent, que l’on adhère où non à la vision du monde de ces auteurs.
Enfin, il est évident qu’on lira avec d’autant plus de facilité un livre dont l’on sente qu’il nous parle de nous, où l’on pourra se retrouver, par exemple, dans le héros : encore faut-il que celui-ci soit suffisamment proche pour que l’on puisse s’identifier à lui. Ce phénomène fort naturel explique le goût de bon nombre de lecteurs pour les ouvrages qui leur semble leur parler d’eux : romans d’adolescents pour bon nombre de lycéens ; ouvrages d’Anna Gavalda ou de Marc Lévy, dont le succès semble reposer sur une projection du lecteur dans les intrigues –souvent sentimentales- narrées par les auteurs. A un niveau plus profond, un livre que l’on sentira proche nous permettra de réfléchir sur nous même. Nous ne vivons plus certes dans l’Allemagne de l’entre-deux-guerres mais le monde décrit par Hermann Hesse dans Le loup des Steppes peut ainsi nous être suffisamment familier pour que l’on se reconnaisse dans Harry, le protagoniste, à la recherche d’un idéal de bonheur dans une société matérialiste et bourgeoise qu’il ne comprend guère. Un ouvrage proche de nous nous permettra d’autant plus facilement d’y pénétrer et de nous interroger, de nous reconnaître et de projeter sur nous-mêmes les interrogations de l’auteur.
Il est donc intéressant de ne pas négliger les livres en prise directe avec le monde connu. Faut-il cependant penser que l’opposition soit si forte avec ces ouvrages qui semblent nous éloigner du quotidien ? En d’autres termes, l’altérité ne nous renvoie-t-elle pas d’une quelconque façon à ce que nous connaissons ?
Notons tout d’abord que bon nombre d’ouvrages apparemment originaux ou éloignés du monde réel sont en fait des livres qui, sous couvert de parler d’autre chose que de nos sociétés réfléchissent sur ces dernières. C’est le cas de bon nombre de romans d’anticipation. Fahrenheit 451 de Bradbury nous parle d’une société apparemment étrangère, où les pompiers brûlent les livres. Ce n’est là cependant qu’un reflet d’une civilisation qui refuse la réflexion, privilégie la télévision et oublie que lire, c’est aussi partager les opinions de l’autre. 1984 de Georges Orwell nous plonge de la même façon dans un futur étrange. Etrange ? pas si sûr cependant : la phrase « big brother is watching you » nous renvoie à une société de la surveillance, où l’on pense être libres et où l’on est en fait manipulés et où l’on vous force à adopter un mode de vie dont nombre ont jugé pour vous de la pertinence. Ce sont bien les menaces qui pèsent sur notre société qui sont mises en avant ; l’étrangeté ne fait que nous renvoyer à ce que nous vivons.
De plus, il serait sans doute caricatural de penser que l’autre, celui qui, de toute évidence, ne me ressemble pas, ne puisse pas présenter des similitudes avec moi. C’est tout le sens du livre d’André Malraux La Condition humaine qui nous montre que, Français ou Indochinois, nous avons tous les mêmes préoccupations d’êtres humains, tous le même besoin d’action et les mêmes doutes. Lire un livre sur une civilisation étrangère amènera bien souvent à découvrir qu’il n’y a au final, malgré les différences de coutumes, pas des individus exotiques les uns pour les autres, mais une même espèce humaine : les frères Karamazov, dans le roman de Dostoïevski, sont russes, indubitablement, mais leur folie est aussi celle du lecteur, leurs interrogations amoureuses peuvent être partagés par delà les frontières. Nous sommes « frères humains », comme le dit Albert Cohen et, malgré ce qui peut nous séparer, partageons les mêmes espoirs, les mêmes peurs, les mêmes joies.
Bien sûr, on peut lire pour se projeter ailleurs que dans ce que nous vivons tous les jours ; on peut lire, au contraire, pour essayer de mieux comprendre ce qui nous entoure. Dans les deux cas, c’est toujours notre image que renvoie un livre : c’est toujours à nous que nous réfléchissons quand nous rencontrons une personne différente ou, au contraire, un personnage dans lequel nous nous reconnaissons. Semble donc se vérifier la fameuse phrase de Stendhal dans Le rouge et le noir : « lire est un miroir et de l’auteur, on est toujours, comme l’exprime Charles Baudelaire, le « semblable », le « frère ».
Posté le 24.03.2008 par lettraugranier
Le Jardin des Finzi Contini – film d’Ettore Scola, d’après le roman de Giorgio Bassani, tourné en 1970 (lion d’or à Berlin en 1971)
NB : Article en liaison avec le programme de TL (étude du Guépard de Giuseppe Tomasi di Lampedusa : à vous de mettre en avant les points communs…) et de 1ère (objet d’étude « le personnage de roman et le monde »)
Une famille à part, les Finzi Contini
Le film se focalise sur les Finzi Contini, une riche famille juive, appartenant aux notables de la petite ville italienne de Ferrara. Ce sont les derniers moments d’une vie commune à la fois idyllique et menacée que Scola tourne ici, en inscrivant les personnages principaux, dont l’énigmatique Micol, au cœur de la montée en puissance du fascisme et de l’entrée en guerre du duce et de ses armées, au côté de l’Allemagne nazie.
Les Finzi Contini demeurent longtemps étrangers aux rumeurs du danger qui les cerne pourtant avec de plus en plus d’insistance tout au long du film. Ils vivent cloîtrés, dans un monde qui semble se refuser à l’extérieur, à peine toléré avec la présence des joueurs de tennis que les deux jeunes Micol et Alberto invitent à se divertir, dans une période pourtant peu propice à l’amusement, et de Giorgio, jeune homme juif lui aussi, épris de la jeune fille. Symboliquement, on passe son temps, dans le film, à ouvrir –et surtout à fermer – les portes, comme si les Finzi Contini refusaient de prêter oreille à la menace extérieure : porte de la maison, encerclée par ses murs, protections bien illusoires puisqu’il est possible sans grande peine d’escalader ces derniers ; porte-fenêtre que Micol referme sur elle et Giorgio quand, à son retour de Venise, elle reçoit le jeune homme avant de l’éconduire à nouveau, porte de la bibliothèque d’étude que le père clôt sur le même Giorgio, venu poursuivre ses recherches dans le havre de paix que représente encore la maison. Aussi bien le film multiplie-t-il les espaces clos dans lesquels les personnages se lovent, avec un effet de resserrement qui dramatise le sentiment de menace enflant peu à peu : le jardin évoqué dans le titre bien sûr ; le terrain de tennis, grillagé ; la hutte (et son ironique consonance allemande…) ; les pièces encombrées de la maison ; la calèche où Micol entraîne Giorgio avant de s’y offrir à Bruno … On se calfeutre dans un petit monde douillet, celui d’une culture un peu surannée, représentée par ces œuvres d’arts qui parsèment la maison, par cette musique qui double la clôture de la maison d’une bulle de notes confortable, par ces couvertures qui Micol accumule sur elle quand, malade, elle reçoit Giorgio.
Enfermés dans ce monde qui leur est propre, les Finzi Contini semblent refuser les évènements qui les entourent, comme si, au présent, ils préféraient une sorte d’atemporalité où leur richesse – et leur singularité –demeureraient intouchables. La famille vit dans l’Italie des poètes, pas dans celle de Mussolini : là où, dans la demeure de Giorgio, les journaux sont sans cesse présents, relayés par la radio ou les informations de propagande du cinéma, les Finzi Contini sont entourés de livres aux reliures qui semblent immémoriales. La famille semble vouloir abolir le temps et son jardin peut d’ailleurs symboliser la volonté d’un Eden, d’un lieu retiré où l’on vivrait un éternel présent d’insouciance. Scola, dans les premiers plans, qui se confondent avec le générique du film, nimbe d’ailleurs les arbres, tournés en gros plans, d’un éclat mordoré, un peu irréel, qui nous baigne en tout cas dans un espace différent et idéal. Cet espace est celui de l’abondance : chênes, ormes, palmiers, rien ne manque à une nature riche et bienfaisante.
Le refus de donner prise au passage du temps frappe surtout Micol et Alberto. C’est sur l’enfance que les deux semblent s’être arrêtés, sur ce moment de parfaite communion entre frère et sœur, deux êtres que l’éducation réservée par leurs parents a longtemps coupés du monde. Il n’est pas étonnant d’ailleurs que l’on voie Micol parcourir le livre de Cocteau, les Enfants terribles, un ouvrage excentrique, au langage précieux, qui s’offre des échappées dans le rêve et met en scène un frère et une sœur qui refusent, jusqu’à la mort, de se séparer et d’entrer dans le monde des adultes. Alberto, cloîtré dans sa chambre par la maladie, ange blond dans son peignoir blanc, semble ne pas évoluer. Micol se nourrit d’une nostalgie de l’enfance qui l’amène à revisiter en une sorte de pèlerinage continuel les lieux de son amitié avec Giorgio, comme la calèche devant laquelle elle finit par l’éconduire. Sur cette base, l’amour est bien sûr impossible : à la passion de Giorgio justement, Micol prèferera le souvenir d’une complicité enfantine, qu’elle ne veut pas ruiner par une relation plus adulte. Elle parviendra certes à s’unir à Bruno, mais c’est seulement mue par une attirance physique pour le jeune communiste, avec qui elle consommera l’acte amoureux dans la calèche de l’enfance. Micol, sans doute, se rendra compte à la toute fin de son amour pour Giorgio, mais il est bien trop tard puisqu’elle l’a humilié au point de tolérer sur son corps le chien Yor plutôt que l’amoureux malheureux…
Clôture spatiale donc, et temporelle. Les Finzi Contini s’enferment, mais jusqu’à l’étouffement. On le sent bien, la mort est rapidement à l’œuvre dans cet éden en fait bien factice que représente la propriété … et le film prend dès les premières scènes une coloration nostalgique certaine. Bien avant la mort d’Alberto, la corruption est présente : le jardin se couvre de neige, l’orage éclate et force au repli ; le chien Yor, édenté, peut symboliser un Cerbère accompagnant son Charon, dans un espace qui devient presque une figuration de l’enfer mythique. On se doute bien sûr que la famille est vouée à la déportation et à la mort et une des belles scènes finales, où Dominique Sanda – Micol serre le visage ridé de sa grand-mère, semble préfigurer le brusque retour de balancier qui touche la famille, de ce temps qui fait retour et rappelle que la mort approche.
La rumeur de la guerre
Et pourtant, si les Finzi Contini ne s’étaient montrés si aveugles, sans doute auraient-ils compris plus vite ce que la dernière scène évoque : la chute que vient symboliser la descente de l’escalier, avant l’arrivée dans l’école. Comme dans le cœur de Giorgio, l’orage menace, enfle, avant de finir par éclater. Ce sont, certes, d’abord, de petits signes : un drapeau nazi sur un vélo ; l’interdiction de fréquenter les cercles de tennis de Ferrara ; puis le rejet enfle, de moins en moins acceptable : la rue se peuple jusqu’au discours de Mussolini, filmé en plans obliques, comme si le déséquilibre et le malaise devenaient effectifs. Les lois fascistes se multiplient et affectent la communauté juive : interdiction des mariages mixtes, d’avoir un domestique de race aryenne, de fréquenter les universités. Et le pire se met en place, presque naturellement et sans résistance, même de la part du communiste Bruno, incapable de tirer à la fête foraine sur les cibles, et qui ira docilement se faire trucider sur le front russe : les juifs sont soupçonnés, arrêtés – sous couvert d’un banal contrôle d’identité…- puis séparés, triés et sans doute déportés. C’est dans une école, qui semble bien mal avoir joué son rôle de formation du citoyen, que le drame se joue finalement et que même les Finzi Contini se retrouveront : rien de bien juif pourtant chez eux ; à peine une Etoile de David qui se dessine sur la poitrine de Micol qui, avec son frère, aurait bien plutôt un physique d’aryen, d’ailleurs. C’est ainsi Helmut Berger, acteur germanique, abonné au rôle de l’Allemand dans le cinéma italien (le SS des Damnés, de Visconti) qui joue le rôle d’Alberto. On condamne les juifs seulement sur la foi d’un terme : être juif est déjà une tare en soi et point même n’est besoin d’être pratiquant pour devenir infréquentable.
Ce n’est pas pourtant que tous les Italiens (comme tous les Allemands, bien sûr), soient racistes : les pro-Mussolini existent et sont prêts à faire le coup de poing au cinéma ; les fourbes eux, préfèrent faire régner la terreur par des coups de fil anonymes. C’est juste d’une faiblesse générale que souffre le pays : un réflexe individualiste, compréhensible par ailleurs, qui amène à ne pas se mouiller pour se protéger et protéger les siens. Comme le rappelle Giorgio au recteur de l’Université, qui n’est sans doute pas fasciste virulent mais exclut l’étudiant de sa bibliothèque, « toute l’Italie a une famille », c’est-à-dire que tout le monde ferme les yeux sur des exactions qui vont, de fil en aiguille, conduire à la mort de milliers de juifs. Et on pense à cette formule de Goya : « le sommeil de la raison engendre des monstres » ; à ne pas vouloir regarder avec lucidité ce qui nous entoure, on laisse s’installer des dictateurs qui imposent des lois inhumaines…
Un jardin qui brusquement s’ouvre au réel
Pour les Finzi Contini, le réveil est brutal. Giorgio a eu le temps de fuir, mais pas la famille. Le jardin, cet espace recueilli, est envahi brusquement par les voitures des forces fascistes. C’est la fin de l’innocence, de la vie élégante et ludique : les bibelots sont renversés par les agents du pouvoir, bien maladroits dans la maison de la famille juive qui, jusqu’au bout, clamera sa singularité, cette excentricité que Micol revendique en corrigeant son prénom affadi en Nicole par le policier fasciste. L’important n’est plus là cependant…
Les Finzi Contini sont les victimes donc d’une société myope, qui, en tout cas, refuse de voir le tour sinistre que prennent les événements, mais surtout, d’un aveuglement de leur part. Scola traite d’ailleurs la pellicule de façon à filmer le monde réel avec une sorte de distance, comme s’il adoptait le point de vue de la famille qui ne voit l’extérieur que dans une sorte de flou. Les derniers plans sont particulièrement touchants : un chant juif poignant retentit en même temps que, derrière la fenêtre, la ville de Ferrara, ses bâtiments anguleux bien opposés aux courbes du jardin, se dessine, mais envahie d’une sorte de brume, presque d’une fumée qui s’échapperait déjà des cheminées d’un camp de la mort.
Posté le 22.01.2008 par lettraugranier
Peau d’Ane
* Ce qui m’a étonné :
Que le roi, qui semblait si amoureux de la reine, (« il etait encor avec elle/moins heureux roi qu’heureux époux ») oublie si vite sa peine et cherche si vite à se remarier.
Qu’il tombe amoureux de sa propre fille, au point de tuer l’âne magique pour elle. Cela semble malsain. De meme, que lui, si amoureux et déraisonnable, puisse revenir si vite a la raison.
Que la marraine, la fée se trompe, lorsqu’elle dit que le père ne pourra pas acceder aux demandes de sa fille : cela ne colle pas à l’image, parfaite, que l’on se fait de la fée dans les contes, et lui confère un aspect humain, faillible.
Un certain mysoginisme dont peut faire preuve Perrault lorsqu’il critique la coquetterie des femmes.
*Il y a beaucoup de fantastique dans ce conte : tout d’abord, dans cet âne à la litière d’or, qui, pourtant, ne joue qu’un petit rôle dans le conte. Ensuite, la marraine, qqui est une fée. Les robes que lui offre le père de Peau d’Ane tiennent elles aussi du fantastique puisqu’elles rivalisent de beauté avec le ciel, la lune et le soleil. Il y a enfin le coffre qui contient les parures de Peau d’Ane, la suivant sous terre et la baguette de la fée qui permet d le déterrer.
*La morale dit s’addresser aux enfants, leur explicant l’importance du devoir., et que celui-ci doit être fait quelle que soit la peine qu’il amène. Pourtant, Peau d’Ane a désobéit à son père en fuyant avant leur mariage. Le devoir des enfants n’est-il pas l’obéissance ?
Elle montre aussi les folies auxquelles peut être amené à faire l’amoureux pour assouvir sa passion, comme le père qui va jusqu'à tuer son Ane pour elle.
Enfin, elle clarifie la critique implicite que fait Perrault tout au long du livre sur la coquetterie des femmes : Peau d’Ane, en voyant les robes que lui offre son pere, est tentée d’accepter et elle arrive à supporter sa condition grace à ces mêmes robes si belles.
Malgré sa coquetterie, elle est décrite comme vertueuse : « que la vertu peut etre infortunée/mais qu’elle est toujours couronnée ». Les enfants doivent-il en conclure que la coquetterie est vertu ?
* Il y a six illustrations de Doré pour Peau d’Ane :
-La premiere montre le roi, désespéré, entouré de ses conseillers qui lui demandent de reprendre femme. Il y a un aspect comique dans la posture du roi, si désepéré qu’il est courbé et dont on ne voit que la perruque. Les perruques de ses courtisans sont extravagantes, et leurs vidages caricaturaux. Doré montre un désespoir qui n’est pas présent dans la version que nous avons de ce conte.
-La deuxième illustre un passage qui n’est, lui non plus pas présent dans le conte : Le roi va consulter un druide. Le chène en arrière plan, ainsi que le dolmen sur lequel est le duride et la robe de celui-ci montrent bien son statut.
-La troisième montre Peau d’Ane fuyant le château de son père pour consulter sa marraine. Cette image est sombre, le chateaus, dont la silhouette se découpe en arrière plan, semble menacant et austère. Peau d’Ane regarde en arrière comem si elle avait peur de quelquechose. Les nuages, voilant partiellement la lune, participent à l’atmosphère inquietante de la scène.
-La quatrième n’est elle non plus présente dans notre texte. Peau d’Ane fuit son chateau pour ne pas épouser son père, derrière un char tiré par un mouton. Elle regarde en arrière, peut-être par peur ou alors encore atirée par son passé. Elle sort d’une forêt inquietante et sombre pour avancer vers la lumière fuyant ainsi le danger que pouvait représenter ce marriage.
-La cinquième n’est pas non plus présente dans le conte que nous avons. Elle montre Peau d’Ane se regarder dans un étang, entourée de chèvres et de moutons. L’image est claire, Peau d’Ane est hors de danger. Les moutons peuvent symboliser sa pureté. On peut voir une touche de comique ici, les animaux de le ferme rapellant le déguisement de Peau d’Ane.
-Enfin, la dernière image montre tous les rois venant au mariage de Peau d’Ane de tous les pays du monde. Doré s’amuse ici à jouer sur les équipages de ces rois, venant grace à des moyens de transports extravagants et exotiques, certains même en volant. L’image est claire, festive et comporte une dimension fantastique.
Les souhaits ridicules
* Ce qui est étonnant est, comme les dit la préface de Perrault, la matière du conte : un boudin. Cela contraste avec la forme versifiée, et l’idée que l’on se fait des contes de fée, remplis de princesses aux manières parfaites, et certainement pas d’un boudin qui pend au bout du nez.
De même, il y a normalement toujours un héros rassemblant toutes les qualités qui est mis en situation précaire par quelqu’un d’autre. Ici, le personnage se met lui-même dans une telle situation, alors qu’il avait la possibilité de tout faire. C’est une sorte de anti-héros.
De plus, l’image de Jupiter, roi des dieux dans la mythologie, ne coincide pas avec l’époque et le genre du conte (on s’attend à ce que ce soit une fée) et son action (accorder trois vœux) ne coincide pas avec le personnage de Jupiter, qui ne s’abaisse généralement pas à accorder des faveurs à un bucheron, qui, de surcroit, se plaint de lui.
Enfin, je me demande pourquoi ils n’ont pas juste coupé le boudin du nez de la femme, et utilisé le souhait ainsi gardé pour devenir roi.
*Le merveileux est présent dans ce conte avec l’apparition de Jupiter, roi des dieux, et bien sur les trois souhaits que peut faire le bucheron.
* La morale semble ici quelque peu condescendante, disant que les « hommes misérables » ne peuvent pas faire de bons souhaits, et qu’il ne faut donc pas leur en accorder. Il y a un décalage entre cette morale et le conte, puisque l’homme semble tout de même avisé : il préfère en discuter avec sa femme avant de formuler ses souhait, et réfléchit donc avant d’agir. Ses souhaits, il les prononces sans y penser, comme on en prononce tousles jours, sans vraiment penser qu’ils vont se réaliser. Ce n’est donc pas un souahit délibéré. Enfin, le dernier souhait est réfléchi. Il préfère éviter un malheur à sa femme que devenir roi. Ce n’est donc pas une sottise mais un choix.
On peut pourtant déceler une autre morale, énoncée dans les deux dernières lignes : « Peu d’entre eux sont capables/ d’user des dons que le ciel leur a fait ». Perrault etant bourgeois, il doit tenir le travail en estime, et ce serait alors une critique des personnes qui n’exploitent pas assez leurs capacités ou talents particuliers, ou encore leur argent, afin d’améliorer leur fortune.
* Doré n’illustre pas ce conte. Sans doute ne colle-t-il pas à l’image que l’on se fait des contes, ressemblant plus à une fable.
Le petit poucet
*Ce qui pose problème :
L’habileté des parents a perdre leurs enfants sans se perdre eux-memes. Si il y a un chemin, pourquoi les enfants ne le trouvent-t-ils pas. S’il n’y en a pas, comment les parents rentrent-ils sans se perdre ?
L’ogre arrive à sentir Poucet et de ses frères, sans les confondre avec ses sept filles, qui sont, elles aussi, de la « chair fraiche ».
Les enfants, après s’être enfuis de la maison de l’ogre, retrouvent très facilement et rapidement la maison de leurs parents, alors qu’ils sont censés être completement perdus.
On ne sait pas ce qu’il advient de l’ogre lorsqu’il se réveille. Ne cherchera-t-il pas à se venger ?
* Le merveilleux est présent, tout d’abord, dans le personnage de l’ogre, mais surtout dans ces bottes de sept lieux, qui sont « fées », s’ajustant à qui les porte, et permettant de parcourir sept lieues à chaque enjambée.
* Cette morale ici plutot aux parents qui préfèrent certains enfants à d’autres, pour leurs atouts visibles, parce qu’ils brillent. La mère, par exemple, préfère l’ainé, car il est roux, comme elle. Poucet, lui, est méprisé car il ne parle jamais, et semble donc être sot.
Cette morale concerne donc les apparences, qui peuvent être trompeuses. Il ne faut pas se baser sur elles seules pour exercer notre jugement. On la retrouve dans le conte : Poucet, bien sur, qui est la bête noire de la famille, mais qui finalement fait son bonheur, et que la morale énonce clairement, mais on peut aussi ratacher ce thème des apparences trompeuses à la maison de l’ogre, qui est tout d’abord vue comme un espoir de survie, la chandelle qui brille dans la nuit, mais qui se révèle ensuite être dangereuse.
*Doré illustre plusieurs moments de ce conte :
-Au début, lorsque les parents prennent la décision de perdre leurs enfants. Il illustre ici la pauvreté du bucheron. Les habits sont en lambeaux, la femmes est maigre, leur chien et leur chat aussi. Le feu fume plus que ne brule, le bois est donc vert. Ce doit être un bien mauvais bucheron pour ne pas pouvoir se procurer du bois sec. Autre clin d’œil humoristique : la maigreur des animaux et de la femme, qui est telle qu’elle en devient casi-comique, et l’expression hébétée du bucheron, qui ne semble pas « être une lumière » e tqui, pourtant, considère Poucet comme un sot. Nous pouvons enfin noter le contraste de taille entre poucet, qui n’est pas beaucoup plus grand que le chat, et ses parents.
-Lorsque le petit poucet part ramasser des cailloux au bord de l’eau. Doré joue sur l’ombre et la lumière, la forêt étant sombre, et seul untriangle de lumière éclairant l’enfant. La forêt est dense et sombre, et semble inquietante.
-Lorsque les enfants sont perdus dans la forêt : elle semble ici encore plus inquietante, cernant les enfants comme un danger omniprésent, les plantes en bas semblant ramper vers eux.
-Le bucheron guide ses enfants pendant que poucet seme les cailloux : Ici aussi, la foret est inquietante, devenant de plus en plus sombre. La silhouette du pere avec sa cognée dans l’ombre rappelle celle de la mort avec sa faux.
-Lorsque les enfants sont revenus et la mere leur sert à manger. On ne voit pas le contenu de la marmite, elle n’est donc pas si pleine, et le chien est encore maigre, prédisant une future disette. On distingue des troncs d’arbre en arrière plan, la foret « guette ».
-Poucet grimpe à un arbre pour voir s’il ne decouvre rien : encore l’element inquietant de la foret. L’arbre sur lequel gimpe poucet est mort, ses branches ressemblent à des doigts crochus, prédiction des conséquences qu’aura la découverte de la maison de l’ogre.
-La femme de l’ogre ouvre aux enfants. La foret, si sombre qu’on ne distingue pas les arbres rend rassurante la maison. Pourtant, encadrant la porte, sont deux cranes de beuf et une dépouille géante de chauve souris, éléments inquietants qui devraient mettre en garde toute la fratrie. Celle-ci semble très vulnérable, de par sa position et sa proportion.
-Les trois illustrations suivante, avec l’ogre, sont à la fois inquietantes et humoristiques : les squelettes d’animaux, la grande fourchette et le grand couteau montrent la férocité de l’ogre. Ses yeux exhorbités, ses veines gonflées et sa face rougeaude et gonflée lui donnent un aspect comique, mais sont aussi inquietants.
-La derniere image, lorsque Poucet enleve ses bottes à l’ogre est plus claire. Ils ne sont plus dans la foret, le ciel est bleu. Ils sont presques sortis d’affaire. Pourtant, on voit à la ceinture de l’ogre sa fourchette et son couteau disproportionnés, qui restent une menace.
Posté le 17.01.2008 par lettraugranier
Chloé Lévin
TL2
Contes , de Perrault
La Belle au bois dormant
1) Tout d'abord, mon premier étonnement vient du fait que la prince parvint à la plus haute tour (là où repose la princesse) sans aucune difficulté : aucun obstacle ne se dresse sur son passage; on nous dit même qu'un chemin s'était alors formé afin qu'il puisse gagner l'entrée du château.Par ailleurs, contrairement à une idée répandue, le conte de Charles Perrault ne s'arrête pas au réveil de la princesse: le prince ammène la princesse et ses deux enfants (la petite Aurore et le petit Jour) dans le château de sa mère, qui est une reine ogresse, puis part à la guerre.Pendant ce temps, la reine décide de manger la princesse et les deux enfants...Mais le maître d'hôtel les remplace par une biche et deux chevreaux pour tromper la méchante reine.(NB: on peut remarquer une simillitude avec l'histoire de Blanche-Neige)
Dans les contes de Perrault, la famille est un thème récurrent : en effet, ici, la rencontre amoureuse et le mariage, sont les sujets qui posent problème au conte. Ils peuvent se situer au début du conte, où l'on suit ensuite l'union du couple, qui n'est pas heureuse ; mais peuvent également intervenir à la fin de la quête, aussi comme une récompense après des malheurs. La belle au bois dormant est un mélange des deux shémas car le mariage intervient après un malheur et il est heureux, mais l'histoire repart sur un nouvel épisode qui le rend malheureux à cause du caractère de sa famille.L'amour et la relation homme-femme sont donc un élément essentiel du conte.L'amour et le mariage ne concernent que des héros nobles de naissance ou de caractère. Ils sont indissociablement liés à la beauté, à la valeur ou bien à la richesse et au rang social, reflétant ainsi les moeurs du XVIIème siècle.
2) Dans le conte, nous pouvons remarquer la présence de personnages merveilleux : il s'agit des fées, et de l'ogre (mère du prince).Ils sont merveilleux parce que dotés de pouvoirs surnaturels: les fées attribuent des qualités à leur filleule(la princesse) comme la beauté, l'esprit....etc mais aussi détournent les voeux maléfiques comme ici, le mauvais sort jeté par la fée malveillante (celui de toucher un fuseau et d'en mourir).
4) La question du temps, semble primordiale dans les deux morales proposées par Perrault : en effet, même si elle n'est pas très claire, elle consiste à dire selon moi, qu'il faut prendre son temps avant de trouver l'amour et de se marier,qu'il ne faut pas agir dans la précipitation mais qu' attendre trop longtemps n'est pas non plus chose idéale, car à force de se poser des questions, on en perd un peu la raison et que notre esprit est troublé.
Le conte relate, du point de vue psychanalytique, le devenir femme, un processus initiatique en quelque sorte symbolisé par le fuseau sur lequel la belle se pique le doigt d'où sort le sang, symbolisant l'arrivée de la sexualité. Le prince n'est en fait qu'une figure accessoire, la trame du conte mettant en scène les diverses phases de la vie d'une femme: l'enfance, l'adolescence et la jeunesse représentée par la princesse , la mère représentant l'âge adulte, la fécondité et la grossesse, et la vieillesse incarnée par la Fée Carabosse.
8) Gustave Doré consacre six illustrations au conte de la Belle au bois dormant , à divers moments du récit : le moment où la belle observe la vieille dame qui file au fuseau (annonce du drame), le moment où le prince appercoit le château à travers les arbres imposants de la fôret (ds laquelle il chassait), l'approche du prince au château, la découverte de ce dernier, avec notamment une description des personnes endormies, enfin, l'aboutissemnt de la quête du prince, lorsqu'il arrive au chevet de la princesse.
La nature dominante et sombre d'une fôret dite impénétrable, la présence d'un corbeau sur le fauteuil (oiseau de mauvais augure, présage de mort) accompagné du calme de la scène du fuseau, enfin, le fuseau et la quenouille, sans oublier les contrastes de lumière, sont les symboles inquiétants que réactive Doré.
L'illustration est également prétexte à quelques facéties du dessinateur : la servante a renversé son plateau sur la tête d'un convive à table, et le sommeil a touché jusqu'aux petites souris en bas à droite de la gravure !(au moment où le prince découvre toutes les personnes endormies du château). Par ailleurs, les toiles d'arraignées ne semblent avoir été rajoutées ici que pour laisser place à l'humour, plus que pour symboliser le temps qui passe.
Posté le 17.01.2008 par lettraugranier
Les fées
* Je ne peux pas dire que j’en sois étonnée, mais le conte est très stéréotypé : la douce jeune fille finit avec son prince tombé amoureux d’elle, après avoir été maltraitée par sa mère et sa sœur (ressemblance avec Cendrillon) tandis que la méchante meurt. Le cliché est cependant utile à la morale de l’histoire.
* Le merveilleux est présent, au niveau des personnages : la fée, le fils du roi apparu comme par magie, mais aussi bien sûr par rapport aux pouvoirs de la fée : ses transformations en une vieille femme puis en une belle dame, et les dons qu’elles accorde aux deux sœurs.
* La morale me semble claire : la douceur vaut mieux que les richesses matérielles, et l’honnêteté récompense, bien qu’elle demande des efforts pas toujours évidents à fournir. Elle me paraît donner la signification du conte, dans le sens où la douceur et l’« honnêteté » de la première jeune fille lui valent de finir heureuse, tandis que les richesses extérieures de Fanchon, qui cachent un cœur mauvais, la font mourir détestée. La première a été maltraitée, mais récompensée de sa persévérance.
* Les deux illustrations de Doré représentent la jeune fille honnête.
Sur la première, on peut voir avec elle la vieille femme, dont le visage est voilé et qui porte une cape qui l’enveloppe entièrement, de sorte qu’on ne peut vraiment la distinguer : la chose peut paraître inquiétante puisque, comme on s’en aperçoit, on ne peut savoir qui elle est et par conséquent l’étendue de ses pouvoirs.
Pour la deuxième, seul l’espace où se situent la jeune fille et son prince est éclairé. Je ne pense pas que l’ombre dans laquelle se trouve la suite de ce dernier soit inquiétante, elle me semble plutôt destinée à mettre en valeur le couple. Détail humoristique : on remarquera que la jeune fille n’a toujours pas lâché sa cruche, alors qu’elle est restée longtemps chez elle avant de devoir s’enfuir (au moins le temps pour sa sœur d’aller et de revenir de la fontaine).
Riquet à la Houppe
* Le fait que Perrault remette en question le pouvoir de la princesse de rendre beau celui qu’elle aime m’a un peu agacée : après tout, le don que lui a fait Riquet était réel, alors pourquoi n’en serait-il pas de même ensuite ? D’un autre côté, le fait qu’il reste laid aux yeux des autres montre l’amour que lui porte la princesse.
* Parmi les éléments merveilleux, on notera donc évidemment le pouvoir de l’amour, qui rend possible les dons (merveilleux aussi) accordés à Riquet et à sa princesse.
* La première moralité me semble aisée à comprendre : la princesses est séduite par Riquet, et l’on se demande si ce n’est pas uniquement par amour pour lui qu’elle le trouve beau (sans donc qu’il le soit devenu pour les autres).
Pour la seconde, elle me paraît moins évidente dans la mesure où « l’agrément invisible » n’est pas explicité : il nous faut donc trouver de quoi il s’agit, l’honnêteté sans doute. La notion est belle, mais m’a surprise : dans tous les contes que j’ai pu lire du XVIIème siècle, qu’ils soient de Perrault, de Mme d’Aulnoy, des Comtesses de Murat ou d’Auneuil, etc., à moins que mes souvenirs ne soient mauvais, les jeunes gens tombent follement amoureux de personnes d’une beauté sans pareilles. L’amour naissant donc souvent au premier regard, ce n’est qu’ensuite qu’ils découvrent qu’elles ont de l’esprit et de la douceur (car dans aucun des contes que j’ai lus beauté et méchanceté ne sont associées, sauf bien sûr lorsqu’une sorcière se métamorphose, ce qui est un cas à part). Le cœur de ces jeunes gens est donc bien rendu sensible par les attraits physiques, même s’il est vrai que leur amour est ensuite renforcé par le caractère de l’être aimé.
* Un seul passage du conte est illustré : avant que la princesse ne se souvienne de sa promesse. Petite incohérence : d’après la phrase de légende, Riquet ne devrait pas être à ses côtés, or il semble que cela soit le cas sur la gravure. Le détail inquiétant est, je pense, le fait que la bêtise, l’ignorance de la princesse soit remise au goût du jour : à ce même endroit illustré que l’année précédente, elle a promis à Riquet de l’épouser. Or cette promesse a été faite par pur intérêt, et bien que la princesse l’ait oubliée, on peut penser que, n’ayant à priori, du fait de son intelligence enfin acquise, plus d’intérêt à ce mariage, elle va rompre son serment. Que signifie cela ? Soit Riquet reste à l’aimer, mais est malheureux, soit il se « guérit » de son amour, auquel cas la princesse risque de redevenir stupide… Mais je vais sans doute chercher loin. En restant plus concentré sur l’image, on remarquera que la princesse est cernée et donc forcée de faire face à Riquet et à sa promesse : elle ne peut s’enfuir et son futur se joue donc ici et à ce moment.
Le Chat Botté
* Je trouve surprenant qu’un chat puisse parler sans étonner personne : cela semble normal de voir un chat marcher et s’exprimer comme un être humain ; d’autre part, je me suis toujours questionnée sur une chose : les paysans que le chat menace cultivent des terres qui appartiennent à l’ogre. Comment expliquer qu’un chat les effraie plus qu’un ogre ? Evidemment, cet effroi peut venir de la singularité et des mises en garde de ce chat. Mais un ogre - personnage tout aussi imaginaire et de surcroît considéré comme mauvais dans tous les contes ou presque - me semble tout de même autrement plus terrifiant !
D’autre part, même si l’on peut aisément admettre que le jeune maître a été bien élevé par son père, je dois dire qu’il force l’admiration : comment peut-il se faire passer sans fausse note pour un noble s’il a vécu toute sa vie pauvrement et en temps que paysan ?
* Le merveilleux tient donc évidemment au fait que le chat parle et agisse comme un homme sans que personne ne s’interroge là-dessus, mais aussi à la présence de l’ogre, dont les pouvoirs sont ceux d’une fée (il ne me semblent pas que les ogres aient habituellement des pouvoirs eux-mêmes).
* Les moralités me paraissent claires : le plus jeune fils avait hérité, à première vue, de l’héritage le moins avantageux, mais le savoir-faire de chat a rendu son maître extrêmement riche. D’autre part, le physique peut faire beaucoup dans l’amour, puisque la princesse tombe amoureuse de lui ainsi, sans lui avoir parlé.
Cela peut paraître superficiel, mais après tout l’amour et plus précisément le coup de foudre (qui vient du regard et donc s’attache au physique) n’est-il pas souvent considéré comme tout puissant dans les contes ? Du reste, l’amour de la princesse pour le faux Marquis de Carabas (et réciproquement, il va sans dire) augmentera certainement une fois qu’ils se connaîtront mieux ; pourtant, cette morale confirme ce que je disais à propos du conte précédent : la découverte de l’ « agrément invisible » de l’être aimé vient tardivement en comparaison avec l’amour par le regard, et ce dans tous les contes du XVIIème siècle sans doute.
* La première gravure de Doré illustre la « noyade » du maître du chat. Le jeune homme, qui sourit et qui en plus semble avoir pied là où il se trouve, ôte tout son tragique à la scène, tragique dû à l’air effrayant et effrayé du Chat Botté.
Pour la seconde, elle montre les paysans des terres de l’ogre autour du Chat : l’humour tient à la terreur qu’il leur inspire, car tous sont prosternés jusqu’au chien, à l’avant de l’image.
La troisième gravure est la plus sombre de toutes, du fait de la forêt et des nuages qui obscurcissent le ciel. Même l’eau représentée semble venir de nulle part (ce « nulle part » étant situé au niveau du château à ce qu’il paraît).
La quatrième illustration enfin, bien que plus claire, reste inquiétante : le chat (représenté donc sur toutes les gravures) se trouve dans le château de l’ogre. On peut voir dans la salle des corps d’enfants et d’animaux, qui rappellent la nature de l’hôte. Celui-ci est autrement plus imposant que le chat et le regarde d’un œil peu accommodant, bien qu’il soit question de « civilité » dans son accueil.
Petit détail : il est question à la fin de l’histoire d’une « magnifique collation » ; que penser alors de la réaction (émerveillée) du roi et des autres personnages, lorsque l’on voit les corps des bébés servis dans des plats ?
Posté le 15.01.2008 par lettraugranier
Chloé Lévin
TL2
Le petit chaperon rouge
CONTES , de Perrault
1) Lors de sa rencontre avec le loup, le Petit chaperon rouge ne le craint pas, alors qu'elle se trouve seule face à lui et qui plus est, dans les bois.Le loup ne semble même pas l'effrayer. Alors que généralement, dans les contes, la fôret est le lieu de tous les dangers, et le loup représente une bête féroce sans scrupule et sans pitié.Il est d'ailleurs surprenant qu'une mère laisse son enfant, ici sa petite fille, s'aventurer seule dans les bois.Mais le plus surprenant, et c'est ce qui fait le conte de Perrault une histoire à part entière ; c'est que le Petit chaperon rouge finira quand même par se faire manger par le loup: personne ne viendra la sauver, comme il s'est traditionnellement le cas par un chasseur qui passait par la maison de la grand-mère. Pour la première fois, nous assistons donc à la mort du héros.
Le Petit Chaperon rouge a une confiance aveugle envers le loup.En effet, elle est trop naive : elle ne doûte même pas qu'il puisse être dangereux car
en apparence il semble gentil ; cependant, le loup est fourbe, trompeur et cela, la petite fille n'en a pas encore conscience car elle est encore trop jeune et «innocente».Il ment ou plutôt fait rentrer la petite fiile dans son jeu;un jeu perfide, n'ayant que pour but de l'ammadouer, afin de satisfaire sa faim,cad, de manger premièrement la grand-mère et ensuite s'attaquer à la petite fille. De plus, on nous dit que le loup est «affamé»; c'est donc une question de survit en ce qui le concerne. Pareillement, plus il est affamé, plus il peut être méchand et devient une menace. Ici, pour le héros, il est sujet à la mort dans la réalisation de sa quête. La statégie du loup s'oppose alors à la petite fille sans défense,trop jeune et trop naive.
2) Dans le conte, le merveilleux s'inscrit dans le personnage du loup: en effet, c'est un animal humanisé,dôté de pouvoirs surnaturels : il parle, et peut notamment se métamorphoser dans la peau de la grand-mère, tel un déguisement. C'est pourquoi il prend une posture et une attitude humaine, lorsqu'il est allongé dans le lit aux côtés du Petit Chaperon rouge
4) La morale serait ici de dénoncer la naiveté que l'on peut avoir à l'égard d'une personne qui nous apparaît comme gentil , appréciable et sympathique ; et de lui accorder notre confiance pour ces simples et uniques raisons.Cette morale est l'un des principes fondamental qui constitue l'éducation de l'enfant : en effet, les parents disent toujours a leurs enfants «qu'il ne faut jamais parler à des inconnus»; que cela est dangereux, interdit. C'est pourquoi, nous pouvons envisager deux possibilités : soit la mère du Petit chaperon rouge ne lui a jamais fait part de ce danger; soit elle l'en a informer, mais malgré cela, la petite fille ne l'a pas écouter et/ou comme la plupart des enfants, a voulu braver l'interdit par curiosité et libération de la condition parentale.
8) Gustave Doré consacre trois gravures au récit du Petit chaperon rouge :
tout d'abord, il illustre la rencontre du Petit chaperon rouge avec le loup dans les bois ; qui constitue l'élément perturbateur du conte.Premièrement, ma première impression qui rend l'image inquiétante,est celle du visage très claire de la petite fille qui contraste avec la gueule très sombre, noire du loup. Par ailleurs, il est de dos, et sa tête est tournée vers la petite fille. On ne distingue pas les traits et expressions de son visage; Perrault nous laisse ainsi dans l'attente et dans l'ombre,dans le mystère de découvrir le «vrai visage» du loup ; ce qui rend le personnage du loup encore plus inquiétant.Puis, un grand arbre touffu couvre la totalité du cadre de l'image, ce qui donne l'impression que le Petite chaperon rouge n'a pas d'issue pour s'échapper ; qu' il est pri au piège.
(En effet, la fôret dans les contes, est traditionnellemnt le lieu de tous les dangers)
Ensuite, la deuxième gravure représente le moment où le loup s'apprette à tuer et dévorer la grand-mère.La position du loup, (debout sur un tabouret), l'expressivité du visage de la grand-mère; de plus l'action du loup (ouvre la geule,et dépose sa patte sur le lit ), réactivent le caractère inquiétant de la scène. De plus, cette scène semble en mouvement : la violence et l'agressivité du loup a vouloir dévorer sa proie, est également symbolisé par la chûte des lunnettes de la grand-mère et de la tabatière, renforcé par les crocs terrifiants du loup.
Enfin, Doré illustre le moment où le Petit chaperon rouge se retrouve dans le lit de sa mère-grand, avec le loup qui a prit son apparence.La gravure suggère
le dialogue entre les deux personnages, mais le geste de l'enfant pour se couvrir et son froncement des sourcils en préfigurent le dénouement.L'attitude de la bête, enfoncée dans le lit et tenant le drap, lui donneune dimention humaine, très symbolique,qu'elle n'avait pas dans les illustrations précédentes; son regard et sa position, retournés vers la fillette, préfigurent également l'issue funeste du conte.Les lignes plongeant vers la droite du dessin, soulignées par les plis sombres du rideau, suggèrent un élan annonciateur de la «dévoration».
En conclusion, l'éclairage joue sur les contrastes violents de lumière et d'ombre, les disproportions entre les petits personnageset les immenses architectures végétales qui les écrasent sont saisissantes. Tout cela contribue àdonner une vision dramatique des contes renforcée encore par le réalisme effayant des détails et le merveilleux émouvant ou terrifiant et l'expressivité inquiétante des regards.Détails et physionomies créent une atmosphère intriguante ou effrayante, mais parfois aussi comique par la présence d'un élément incongru ou ridicule, comme le rat qui file se cacher sous le lit de le grand-mère du Petit chaperon rouge, au moment où le loup va la dévorer.
Chloé Lévin
TL2
Contes , de Charles Perrault
Document élève N°2 : Pistes de travail pour une lecture active
La Barbe bleue
1) Au début du conte, Perrault n'accable pas «Barbe bleue». Il semble au contraire que ce soit son aspect physique qui le défavorise et pas son caractère. Il est généreux à l'égard de sa femme et lui donne toute liberté (sauf une !) lors de son absence. C'est la jeune femme qui apparaît comme désobéissante , en trahisant la confiance de son mari. Mais la punition imposée par celui-ci est disproportionnée à la faute, puisqu'il s'agit de mort, qu'il a déjà infligée à d'autres victimes dans une sorte de rituel de la cruauté. C'est ce renversement de situation qui m'a quelque peu surprise : Barbe bleu passe du statut de victime au statut de meurtrier ; d'homme cruel ; sa femme désobéissante et curieuse devient elle véritable victime de la cruauté de son mari. Les rôles se sont donc quelque peu inversés.
Comme dans tous les contes, il s'agit ici encore d'une épreuve que le héros ou plutôt l'héroine doit affronter et vaincre pour survivre et être heureux. L'épreuve est constituée par le mariage avec un assassin dont elle doit révéler la monstruosité. La femme de Barbe bleue est-elle coupable, ou simple victime de ce qui lui arrive?
2) Ce conte a la particularité de ne pas faire appel au merveilleux, mais de rester dans le réalisme : la monstruosité de Barbe bleue est humaine. Même s'il s'en rapproche beaucoup par sa cruauté, ce personnage n'est pas un ogre. Le thème abordé est ici le mariage, et sa visée dénonce les mariages d'intérêt, le fait que de très jeunes femmes soient tentées ou contraintes par leur famille d'épouser un homme plus âgé parcequ'il est riche.
4) Barbe bleue propose deux morales ; la première étant beaucoup plus claire que la deuxième. Perrault fait une double mise en garde dans les moralités qui suivent le conte : la première est une condamnation banale de la curiosité, morale traditionnelle qui a longtemps constitué un principe de base de l'éducation des enfants («la curiosité est un vilain défaut», disait-on) ; la seconde est plus surprenante puisque Perrault, qui semble expliquer le comportement de Barbe bleue par la recherche d'un idéal innaccessible, regrette l'affaiblissement de l'autorité masculine dans un couple au profit de la femme.
De façon symbolique, le conte peut aussi être interprété comme une réflexion sur le passage de l'ignorance virginale à la connaissance de la sexualité (objet de curiosité et de tentation pour la jeune fille malgré l'interdit paternel) et comme une mise en garde contre la recherche des plaisirs. Mais dans le même temps, la connaissance à laquelle accède ainsi la jeune fille après avoir surmonté l'épreuve de la mort lui apporte le bonheur.
8) Gustave Doré a consacré quatre illustratios à «La barbe bleue», toutes spectaculaires et suggestives. Les deux premières concernent le début du conte, les deux autres, la fin. L'artiste laisse à l'imagination du lecteur le soin de se représenter le cabinet où se trouvent les corps des précédentes épousesde Barbe bleue.
La première gravure représente Barbe bleu remettant à sa jeune épouse le trousseau de clés, dont celle du petit cabinet interdit.Le contraste entre les deux personnages est frappant : Barbe bleue est monstrueux, plus proche de l'ogre que de l'homme. Il se penche vers la jeune femme avec des yeux exorbités et menaçants ; celle-ci est une femme-enfant, précieuse et timide, qui ose à peine lever les yeux vers son mari mais tend pourtant ses mains vers la clé. Le contraste de tons, foncés pour Barbe bleue, clairs pour la jeune femme, et la disposition traditionnelle en x des lignes principales du tableau concentrent le regard du spectateur vers les mains et la clé, pour remonter ensuite vers les visages des personnages présentés en gros plan. Cette gravure évoque le mystère et provoque l'inquiétude.
La deuxième gravure représente les voisines de la jeune femme accourant pour visiter la maison, dès le départ de Barbe bleue.La pièce est surchargée de décorations, dans un style gothique médiévakl tel que les romantiques du XIXème siècle l'affectionnent, avec un cavalier en armure en son centre, une autre armure fantomatique à l'arrière plan gauche et un lustre immense au plafond. La table du premier plan est surmontée d'énormes vases précieux et d'un coffret que tente d'ouvrir une jeune femme. Les personnages, disproportionnés par rapport à la pièce semblent écrasés par les imposants et luxueux décors. Leur curiosité semble l'objet d'une surveillance menaçante de la part des deux armures.
La troixième illustration représente les deux frères de la jeune femme, vus de dos, se dirigeant au galop vers le château, masse obscure et très haute qui occupe toute la partie supérieure de l'image. Les tons tons clairs de la partie inférieure de l'illustration, où se trouvent les deux cavaliers, contrastent avec la masse sombre de la végétation d'où émerge le château, mystérieux et effrayant.La scène est vue en contre plongée, ce qui accentue la taille du château, et l'obscurité du centre de l'image semble constituer un obstacle infranchissable pour que les frères arrivent à temps.A l'urgence du signal répond la poussière soulevée par les sabots des chevaux. L'angoisse de l'attente que décrivait Perrault est devenue ici l'urgence d'arriver, par un déplacement de point de vue des femmes aux hommes.
C'est aussi le cas de la dernière illustration, qui montre Barbe bleue, le coutelas destiné à tuer sa femme à la main, tué par les deux frères. Ils lui plantent leur épée dans le dos, tandis que l'épouse de Barbe bleue est évanouie contre une colonne à l'arrière plan. La scène a lieu sur le perron du château, sous le regard effrayant d'une créature monstrueuse mi-griffon, mi-sphinx. Posée là en décoration, elle semble douée de vie, au-dessus d'une sculpture représentant une épée transperçant un coeur, autour de laquelle est enroulé un serpent. Les éléments décoratifs sont inventés par Doré, et l'illustration dramatise beaucoup la description de la mort de Barbe bleue qui est extrèmement brève et sèche dans le conte.La scène, très romanesque, est vue en plan rapproché, et les lignes obliques qui montent du bas à gauche vers le haut à droite conduisent le regard du visage douloureux de Barbe bleue vers les yeux du monstre ailé.
Posté le 14.01.2008 par lettraugranier
BORDENAVE Julia TL2
LE PETIT CHAPERON ROUGE
1). Ce qui m’a posé problème dans le conte, c’est que le Loup parle tout d’abord au petit chaperon rouge. Puis on peut se demander pourquoi Perrault inverse les termes « mère » et « grand » puisque nous n’avons pas pour habitude d’appeler notre grand-mère : mère-grand. De plus, il est étrange que la jeune fille n’ai pas eu peur en voyant le loup en face d’elle, en train de lui parlé.
2). 1. Les personnages sont le petit chaperon rouge, sa mère au début du conte, le loup et la mère-grand. Le petit chaperon rouge et le loup occupent les principales places du contes, quant à la mère et la mère-grand, elles sont plutôt secondaires.
2). 2. Oui le merveilleux est présent puisque nous sommes en présence d’un loup qui parle.
2). 3. Il y aurait peut-être une morale visant à enseigner aux enfants qu’il ne faut pas faire confiance aux gens que nous ne connaissons pas. Il me semble qu’elle paraît être claire. La morale aujourd’hui est au même niveau, de nos jours nous entendons souvent les membres de la famille dirent aux plus petite: ne parle pas aux gens que tu ne connaîs pas.
2). 8. Je pense qu’il s’agit du moment où le loup vint à la rencontre du petit chaperon rouge. Il a l’air vraiment effrayant, limite sournois je dirais.
CENDRILLON OU LA PANTOUFLE DE VERRE
1). Ce qui m’a paru étrange fut de constater que les deux demi-sœurs de Cendrillon ne remarquent pas, au moment du bal, qu’elles avaient en face d’elles justement leur demi-sœur. Elle vint même leur donner de la nourriture pour partager avec elles. Et pourquoi la marraine de Cendrillon n’agit pas avant pour elle, pourquoi, puisqu’elle est une fée, ne change pas bien avant sa nièce en princesse, alors qu’elle est réduite à nettoyer toute la journée.
2). 1. Les personnages sont : Cendrillon, ses deux demi-sœurs, se belle-mère, son père (mentionné au début du conte), sa marraine la fée, le prince, le petit cortège d’animaux transformés et l’homme qui vint faire essayer la pantoufle de verre. Ils ont tous une place très importante dans le conte, mais Cendrillon est celle qui occupe la plus grande place.
2). 2. Oui le merveilleux est présent car il y a la présence de la magie dans ce conte, lors de la transformation de la courge, des rats, … pour pouvoir emmener Cendrillon au bal.
2). 4. Cette morale me paraît claire, elle semble montrer qu’il ne sert à rien d’être bien coiffé, bien habillé pour plaire. Ici, dans Cendrillon, elle est tout simplement belle et gracieuse et cela fait toute la différence.
Je ne pense pas que l’on puisse trouver en ce conte des décalages.
LES FEES
1). Les noms des personnages ne sont à aucun moment mentionnés. La forêt tout comme la chasse sont présents dans de nombreux contes, et il est possible d’effectuer des rapprochements entre certains contes comme celui des Fées et de Cendrillon.
2). 1. Les personnages sont : les parents, dont le père n’est quasiment jamais présent, les deux demi-sœurs (une gentille, l’autre haïssable). Il y a bien évidemment la fée et le prince, comme dans beaucoup de contes de Perrault.
2). 2. Oui le merveilleux est présent, notamment quand la fée transforme les jeunes filles, et quand sous l’effet de leur don, il sort de leurs bouches soit des diamants, soit des serpents.
2). 4. Cette morale me paraît assez claire, celle de ne point mentir, il est toujours préférable de dire la vérité car plus tard, nous en serons récompensé. Il est quand même exagéré de placer cette morale là dans un contexte comme celui là. Je veux dire que la deuxième jeune femme qui se présente à la source a bien vite fait d’être aimable avec la jeune dame qui sort du bois. Et cette fée lui lance un don quelque peu étrange, dans la mesure où la fée le lui lance sans vraiment avoir une bonne raison. Cela paraît facile.
Posté le 14.01.2008 par lettraugranier
LES CONTES.
La Belle au bois dormant (page 83).
Ce qui m’a tout d’abord étonné lors de ma première lecture a été le fait d’apprendre que la mère du Prince Charmant n’était pas seulement une reine mais qu’elle était surtout une ogresse. Le fait que la Belle au bois dormant ait eu deux enfants sans qu’elle n’est été reconnue par l’ensemble de la souveraineté du Prince, m’a également beaucoup surprise ; ces évènements changent énormément de la belle histoire que nos parents ont pu me conter ou des réalisations de Walt Disney que j’ai pu aduler pendant mon enfance !
Avec du recul, maintenant que je connais la première trame de ces contes, je n’ai plus tellement cette envie qui, étant petite, me poussait a croire qu’un jour, je pourrais à mon tour rencontrer ce Prince Charmant, et encore moins sa mère…
Dans ce conte, il est à noter que le merveilleux tient une place prépondérante tant au niveau de l’histoire, que des personnages en eux-mêmes.
Nous retrouvons tout d’abord le fait que des fées prennent place dans le château pour donner leur bénédiction à la jeune princesse née ; le fait que tout le château s’endorme durant cent ans me paraît tout à fait impossible d’un point de vue raisonné. En outre, le fait qu’une ogresse soit mère, reine et souhaite dévorer les enfants de la princesse, ainsi que la princesse elle-même semble, de façon réaliste, difficile à croire.
La Belle au bois dormant ne possède pas, à mon sens, une morale puérile : elle aborde en effet une union très forte qu’est l’union de deux êtres par le mariage et parle de ce thème précis de façon plus adulte que Perrault semble vouloir la faire paraître. Il annonce la relation charnelle entre l’homme et la femme, ainsi que la difficulté pour une femme de ne pas commettre l’adultère (« On ne trouve plus de femelle/Qui dormît si tranquillement »).
Je ne sais pas si cette morale puisse être réellement « utile » ni honnête puisqu’elle place la femme dans une sorte de catégorie inférieur, comme un animal qui ne peut que satisfaire des besoins instinctifs et primaires ; cependant, son époux peut s’en trouver averti si tel était le cas.
La moralité donne une certaine signification du conte, mais elle ne s’énonce pas tout à fait clairement pour l’enfant à qui le conte est destiné. En effet, il y a des allusions oedipiennes : la reine (ogresse) est si jalouse de la jeune fille dont son fils est tombé amoureux qu’elle veut la tuer. L’enfant ne se rend pas compte de la profonde morale qui lui est donnée, il ne se contente que de penser qu’il faut faire attention à ne pas se faire dévorer tout cru par un ogre, ce qui n’est pas le sens de la morale que Perrault souhaitait sûrement faire passer à son lecteur. Il comprend néanmoins la nuance qui réside entre le bien et le mal, évoqué par l’ogresse et la méchante fée.
Gustave DORE illustre le passage où Aurore va se piquer le bout du doigt avec une quenouille, celui où le prince va découvrir l’existence d’un château cachée dans la forêt et vers lequel il va se diriger, ainsi que le moment où il va traverser tout le château en découvrant que tous les sujets dorment profondément, jusqu’à la chambre dans laquelle dort Aurore.
Il réactive ici le symbole inquiétant qu’est une mort possible, car personne ne bouge ; il fait également penser à la solitude d’être dans un monde à part, éloigné de tout.
LES CONTES.
Le Petit Chaperon rouge. (page 107).
Rien de spécial ne m’a vraiment étonné dans Le Petit Chaperon rouge de Perrault, de la version que je connaissais. Le cours de l’histoire ne diffère en rien ; cependant, la seule chose que j’ai pu dénoter a été que suivant les réécritures de ce conte, certains auteurs ajoutent une fin : un bûcheron qui passait pas-là arrive, voit le loup dans le lit de la grand-mère et lui ouvre le ventre pour sauver Mère-Grand et sa petite-fille. Il remplit alors le ventre du loup de pierres pour le punir de sa mauvaise action.
Le merveilleux est présent dans ce conte que très peu. Il réside simplement dans le fait que le loup ait la parole ; mais on peut penser que Perrault choisisse un loup qui puisse parler simplement parce qu’il souhaitait nous faire comprendre que ce loup peut être remplacé par un homme.
Il me semble que cette morale soit une « morale utile », puérile et honnête, elle répond aux questions qu’un enfant peut se poser lorsque ses parents lui dise : « ne parle pas aux gens que tu ne connais pas » ou encore « ne monte pas dans cette voiture », « ne reste pas dehors trop tard », « reste dans des coins éclairés et où il y a du monde », etc.
Cette morale est tout à fait claire et est bien énoncée pour les enfants autant que pour les adultes ; elle donne la signification du conte et ne présente aucun décalage par rapport à l’histoire : nous pouvons repérer très facilement de qui il est question lorsque la morale parle de « ces loups doucereux » qui « de tous les loups sont les plus dangereux ».
Ainsi, le Petit Chaperon rouge de Perrault perd beaucoup de son charme parce qu’il est évident que le loup du conte n’est pas un animal carnassier, mais une métaphore qui ne laisse pas grand chose à notre imagination. Rien n’est laissé à notre imaginaire et nous ne pouvons pas donner de sens personnel à ce conte, qui relève plus d’un conte de mise en garde que d’un conte de fées.
Gustave DORE reprend dans ses gravures le passage dans lequel le Petit Chaperon rouge rencontre pour la première fois le loup dans les bois ; c’est le moment où ils engagent une conversation. Il illustre également les deux autres passages clefs du conte : lorsque le loup saute sur le lit de la grand-mère pour la dévorer, ainsi que le moment où le Petit Chaperon rouge se retrouve lui-même dans le lit de sa grand-mère (précisément occupé par le loup déguisé), avant de se faire dévorer à son tour.
LES CONTES.
La Barbe bleue. (page 115).
Ce qui paraît extrêmement surprenant dans ce conte est le fait qu’on ne s’attend pas du tout à une telle violence et une telle horreur ; on ne s’imagine pas du tout un conte reposer sur ce bain de sang et cette atmosphère mortifère et terrifiante à laquelle on assiste dans La Barbe bleue. C’est un conte que je connaissais absolument pas et j’ai été choquée par lui.
C’est un conte qui semble tout à fait plausible bien qu’on ait du mal à s’imaginer se retrouver dans une telle situation, cependant l’homme est capable des pires choses et le meurtre en fait grande partie… Le merveilleux est peut être présent dans le simple fait que la Barbe bleue ne soit étonnée en rien que la jeune mariée est utilisé la clef pour se rendre là où elle n’aurait jamais dû aller, ainsi que dans la réaction tout à fait détachée et sereine de l’homme lorsqu’il lui annonce qu’elle va devoir rejoindre les femmes qui sont suspendues dans la pièce.
La morale est une morale tout à fait honnête et utile bien qu’elle ne soit en aucun cas puérile. Elle rend compte de ce penchant naturel qu’ont les femmes pour la curiosité, ce qui me semble juste et de bonne guerre, puisque Perrault ajoute une seconde morale dans laquelle il reconnaît que les femmes ont désormais la supériorité sur leur époux ; ce sont les maîtresses de maison qui règnent sur leurs conjoints ! Cependant, cette morale me paraît un peu trop complexe pour un jeune enfant bien qu’il parvienne à en comprendre l’essentiel, qu’étant que : « la curiosité est un vilain défaut ».
On ne peut pas dire que cette morale donne toute la signification du conte ; en effet, il me semble plus juste de dire qu’elle apporte un complément d’information et éclaire le conte, non pas qu’elle en donne le sens réel, puisque chacun peut percevoir derrière ces deux moralités un sens qui lui est propre et qui lui est plus adapté.
Les illustration faites par Gustave DORE retracent plusieurs moments de l’histoire. Le premier est celui où la Barbe bleue donne le trousseau de clefs à sa femme pour qu’elle garde la maison durant son absence et où il lui recommande formellement de n’ouvrir en aucun cas la porte du « cabinet de l’appartement bas ». le second passage est celui où les voisine et les amies de la mariée s’empressent de venir la voir pour l’envier et admirer toutes les richesses que son époux, la Barbe bleue, possède. Le troisième moment se situe lorsque la Barbe bleue ne cesse de demander à sa femme de descendre pour qu’il la tue, et où sa femme voit une traînée de poussière au loin qui signifie que ses frères viennent la sauver. Enfin, la dernière gravure de Doré retrace le moment du combat entre les deux frères et la Barbe bleue où ils transpercent le corps du tyran de leur épées.
Posté le 13.01.2008 par lettraugranier
- Le Petit Chaperon Rouge -
1) Ce qui est étonnant / ce qui pose problème ?
• Sa manière d’écrire : elle rappelle l’origine orale des contes et leur vivacité. Il utilise
d’ailleurs pour cela la narration ainsi que le dialogue et le présent de narration dans un même conte : ainsi il intègre des éléments populaires du conte à une trame romanesque.
• On peut remarquer qu’il utilise aussi des archaïsmes (locutions, formulations qui ne sont
déjà plus employées à son époque) et des tournures de phrase vieillies. Comme, par exemple, « chevillette », « bobinette » ou encore l’utilisation du verbe choir au futur qui est une forme déjà abandonnée à l’époque du conte.
• Sa façon de transmettre un message dans une histoire de manière faussement innocente :
On observera que dans chaque conte une moralité est exprimée, cependant on ne la verra parfois qu’une fois l’histoire achevée ou qu’après réflexion : ainsi le texte devient aussi intéressant pour un adulte qu’un enfant.
2)
1. Présence du merveilleux ? Tout d’abord, on nomme merveilleux tout ce qui appartient
au surnaturel, au monde de la magie, de la féerie. On peut donc dire qu’effectivement, Perrault l’utilise pour ses contes : par exemple, il ne nomme ses personnages que par un surnom qui les caractérisent : ici, il appelle l’héroïne le petit chaperon rouge car elle porte un chaperon rouge sur la tête. De plus, on remarque que l’on y trouve des animaux qui parlent comme le loup…
2. Morale claire ? qui donne la signification du conte ? décalée ? En effet, on peut voir
une morale à la fin de chaque conte, plus ou moins claire pour des enfants mais bel et bien instructives. Celle-ci répond aussi très bien à l’histoire malgré quelques décalages dans la première compréhension du conte ainsi que d’une écriture qui apparaît beaucoup moins imagée dans certains textes donc plus explicite. Comme, justement dans le petit chaperon rouge, où l’auteur nous fait clairement comprendre qu’il est dangereux pour des jeunes filles de se confier à des inconnus.
3. Passé culturel des contes ? Généralement, Perrault s’inspire d’histoires anciennes,
comme pour le petit chaperon rouge où il aurait tiré son récit de la littérature de colportage ou des histoires de « mères-grand », selon les spécialistes.
4. Moments que Doré illustre ? symboles inquiétants ? distance humoristique ? Pour
le petit chaperon rouge, il illustre trois moments du récit : la rencontre avec le loup, l’attaque du loup sur la « mère-grand » puis la ‘mise au lit’ de la petite fille avec le loup qu’elle croit sa « mère-grand ». Ainsi, ce sont les trois phases clés dans le déroulement de l’histoire : et l’on y trouve des symboles très inquiétants : premièrement la petite fille seule dans une forêt avec le loup : ils se regardent yeux dans les yeux, très rapprochés, et le loup va bientôt être derrière elle : impression qu’il lui tourne autour : on remarque aussi un loup et non une louve, face à une fillette…Deuxièmement, son attaque chez la « mère-grand », la langue pendue. Mais encore une fois il est de dos : renforce l’aspect sombre et terrifiant de l’action. Puis enfin son visage est à découvert tel un gentil mais prêt à sauter sur la petite qui se trouve à côté de lui…
Je ne vois donc pas de réelle distance humoristique dans les illustrations de Doré, mais plutôt un aspect inquiétant qu’un enfant de percevra peut-être pas de la même manière qu’un adulte.
- Le Petit Poucet -
• Présence du merveilleux, passé culturel du conte : L’histoire du plus jeune garçon
devenu sauveur de sa famille est très répandu dans la tradition populaire : « poucet » s’appelle Tom Pouce dans les pays anglo-saxons, Daumesdick chez les frères Grimm, Moitié-de-pois en Grèce. Perrault y redouble le diminutif avec l’adjectif « petit ».
Eléments magiques incontestables… les évènements et objets de ce monde eux aussi sont merveilleux : ici, ce sont les bottes de sept lieues, tout comme la présence de l’ogre au beau milieu de la forêt…
• Morale : ici, la morale est claire et donne bien la signification du conte ; c’est aussi
celle-ci qui peut aider l’enfant à surmonter ce que Freud appellera le stade oral : l’auteur présente un scénario de victoire du faible sur le fort. Conte merveilleux qui est l’illustration d’un enseignement à la fois pour l’enfant comme pour l’adulte…
• Illustrations de Doré : celles qui relatent du début du récit apparaissent comme
réelles, vraisemblable. C’est seulement à l’arrivée de l’ogre que l’on se rend bien compte de la présence du merveilleux dans le conte, surtout par la taille des enfants et celle du personnage qui veut les manger..Des symboles inquiétants pour des enfants tout comme le couteau dessiné à plusieurs reprises entres des mains du bourreau.
Contrairement au petit chaperon rouge, l’auteur garde une certaine distance humoristique pour le petit poucet : on observe un danger moins conséquent pour les enfants, surtout dans la dernière illustration, où l’héro retire les bottes de l’ogre endormi : on comprend ici que le tour est joué pour ce petit poucet enfin admiré par les plus grands…
- Les Fées -
• La trame du récit relève de grandes ressemblances avec la première partie des Doie
piezelle du Pentamerone de Gimbattista Basile. On peut donc supposer que Perrault s’en ai inspiré… Ainsi, Les Fées relève incontestablement du merveilleux : par la présence, par exemple de l’intervention d’une fée qui incarne une pauvre dame et donne le don à la plus jeune des deux filles « qu’à chaque parole qu[‘elle dira], il [lui] sortira de la bouche une fleur ou une pierre précieuse » car elle est « si belle, si bonne et si honnête »..
• Ici, la morale est encore une fois explicite et montre bien la signification du conte : on
remarque que l’auteur en a exposé deux, ainsi le lecteur peut sous-tirer plusieurs enseignements en un seul récit : à la fois sur la bonté et sur l’honnêteté que peut avoir une personne à l’égard d’une autre… Après, à chacun son interprétation…
• Les illustrations de Doré sont pour ce conte plus positives que les deux autres…
Cependant on remarquera pour les trois contes la présence de la forêt : élément, encore une fois, inquiétant. Puis, ici plus précisément, l’arrivée de la vieille et pauvre dame : la représentation est faite de telle sorte qu’on ne voit, une fois de plus, pas le visage de celle-ci... Mais cette silhouette n’a pas l’air très rassurante vu le regard de la jeune fille qui va dans sa direction… De plus, cette dernière à l’air épuisée, ses cernes sont marqués. L’illustration de la fin est très différente aussi de celle que l’on imagine en lisant le conte : la jeune femme est assise, sa cruche toujours en main, la tête baissée, devant le prince et ses compagnons et encore une fois, la posture du jeune homme n’a pas été choisie par hasard… On peut donc constater que malgré un dénouement heureux, Doré garde une interprétation noire sur l’action des personnages…