Denis Diderot
Qu’est-ce qu’un homme ?
La somme d’un certain nombre de tendances
Diderot par Louis Van Loo
Naissance à Langres, le 5 août 1713. Fils d’artisan : père coutelier et mère issue d’une famille de tanneurs.
Les habitants de ce pays ont beaucoup d’esprit, trop de vivacité, une inconstance de girouette. La tête d’un Langrois est sur ses épaules, comme un coq d’église en haut d’un clocher. Pour moi, je suis de mon pays ; seulement le séjour de la capitale, et l’application assidue m’ont un peu corrigé. Je suis constant dans mes goûts (Lettres à Sophie Volland).
Commence des études de théologie, qu’il abandonne. Il épouse une jeune fille sans fortune et est répudié par son père.
1. L’écriture mercenaire :
Traductions de l’anglais : traités politiques, sciences de la vie, dictionnaire de Chambers.
1745 : Les Pensées philosophiques, où le fanatisme est condamné. Ouvrage attribué à Voltaire.
1747 : Promenades du sceptique et Les Bijoux indiscrets : Diderot s’y rapproche du mouvement libertin.
2. L’écriture philosophique.
1749 : Lettre sur les aveugles : Diderot y développe pour la première fois le matérialisme biologique. Il s’appuie sur les perceptions d’un aveugle pour développer un relativisme moral novateur et pour rejeter l’existence de Dieu. Il élabore en contrepartie l’idée de « fermentation de la matière » : combien de montres estropiés, manqués, se sont dissipés, se reforment et se dissipent peut-être à chaque instant dans des espaces éloignés, où je ne touche point, et où vous ne voyez pas, mais où le mouvement continue ou continuera de combiner des mas de matière, jusqu’à ce qu’ils aient obtenu quelque arrangement dans lequel ils puissent persévérer.
Diderot est embastillé à la suite de la publication de cet écrit mais il soutiendra à nouveau cette théorie dans le Rêve de d’Alembert.
Dans un ouvrage plus tardif, Réfutation d’Helvétius, Diderot traite alors du problème de la liberté : on est fataliste, et à chaque instant, on pense, on parle, on écrit, comme si l’on persévérait dans le préjugé de la liberté.
3. L’écriture encyclopédique.
Vaste projet, qui occupe Diderot de 1747 à 1766. Il lui vaut de rencontrer d’Alembert puis de se fâcher avec lui, de se brouiller définitivement avec Rousseau, d’avoir à affronter très régulièrement la censure.
Ouvrage collectif que Diderot supervise ; 17 volumes de textes et 2 de planches ; des collaborateurs variés : Rousseau, Voltaire, Jaucourt, Goussier.
Quelques principes : liberté laissée aux collaborateurs, volonté d’embrasser champ le plus large possible, pas de hiérarchisation des matières. Le but d’une encyclopédie est de rassembler les connaissances éparses sur la surface de la terre ;
d’en exposer le système général aux hommes avec qui nous vivons, et de les transmettre aux hommes qui. viendront après nous ;
afin que les travaux des siècles passés n’aient pas été des travaux inutiles pour les siècles qui succèderont ;
que nos neveux, devenant plus instruits, deviennent en même temps plus vertueux et plus heureux, et que nous ne mourions pas sans avoir bien mérité du genre humain.
Diderot rédige plus de 5000 articles : contre le fanatisme, contre l’autorité arbitraire ; articles d’esthétique (définition du beau : ce dont la perception apporte du plaisir).
4. L’écriture politique.
Contredit l’écriture philosophique : revendication de la liberté individuelle et droit à la propriété. Un idéal bourgeois.
Aucun homme n’a reçu de la nature le droit de commander aux autres.
La liberté est un présent du ciel, et chaque individu de la même espèce a le droit d’en jouir aussitôt qu’il jouit de la raison.
5. Le théâtre et le roman.
Tout est théâtre chez Diderot mais quelques pièces plus spécifiques : Le fils naturel, Le Père de famille.
Conception morale du théâtre qui doit inciter à la vertu. Deux principes : le coup de théâtre et le tableau. Un nouveau genre : le genre sérieux.
Le roman : roman par lettres : La Religieuse, critique de la vie conventuelle.
Deux ouvrages reconnus : Le neveu de Rameau, Jacques le fataliste.
Deux opinions sur Diderot : « si le lecteur n’a pas le dernier mot, l’auteur l’a rarement. Car plutôt que d’avoir le dernier mot sur tout, cette pensée ne cesse d’interroger – et d’abord ses propres certitudes » (Alain Ménil)
« Diderot propose davantage un trajet qu’une philosophie arrêtée. il fait surgir des impasses, propose des hypothèses, flirte longuement avec elles, semble les épouser puis les abandonne » (Eric-Emmanuel Schmidt)