Le personnage de Gousse
Rappel : le titre de l’ouvrage de D évoque deux personnages mais, à partir d’eux, véritable arborescence ; une galerie de portraits inégalement développés.
Le personnage de Gousse = un des plus singuliers de ces individus qui peuplent le roman ; un équivalent du neveu de Rameau, comme lui un artiste étrange.
Une fantaisie de D ou un personnage qui a une réelle nécessité dans le chœur orchestré par D ?
Gousse, un être à part ou : « il faut de tout pour faire un monde »
1. « Un original » : étrangeté de Gousse qui ne fait rien comme les autres : s’intente un procès et ne se trouve pas si mal en prison (là où ailleurs, peu lui importe) ; peu amène avec ceux qui l’interrogent et à qui il répond comme s’il était totalement détaché du jugement que l’on portait sur lui : réplique de la seule chemise pour un seul corps ; indifférence totale par rapport à la mort et à la famille : trompe son épouse et ne se lamente pas à propos de son enfant mort.
En fait, Gousse pousse à fond la logique de Jacques et se montre plus fataliste que le fataliste : il accepte stoïquement ce qui lui arrive et se laisse ballotter par les événements sur lesquels il ne semble avoir aucune prise. Ne réagit pas face à ce que le destin lui impose, qui, de toute, façon, doit advenir. Gousse est à ce titre caricatural : c’est le type du fataliste que ne vient troubler aucun sens moral et aucune émotion ; il semble à ce titre beaucoup moins humain que Jacques qui, malgré sa croyance en le Grand Rouleau, garde une conscience du bien et du mal et peut pleurer quand il est triste, quand il subodore la mort du Capitaine par exemple.
En d’autres termes, Gousse pourrait être un libertin poussé à l’extrême, tellement libéré de tout qu’il se laisse totalement aller sans, lui-même, se fixer de règles. Là encore, son caractère est trop tranché pour que l’on puisse y croire.
2. « Gousse existe, je l’ai rencontré ». Et pourtant, Gousse existe : c’est même un des personnages que D prend le plus de soin à ancrer dans la réalité. C’est une connaissance de l’auteur et de sa femme avec qui il dialogue. On peut le croiser dans les rues de Paris si on fréquente les mêmes cercles que D ; Gousse d’ailleurs à presque le même nom que Goussier, un des collaborateurs de l’Encyclopédie. Il connaît Prémontval, un mathématicien qui a réellement vécu au temps de D.
Gousse s’ancre de plus dans un univers réel : le Paris bourgeois et intellectuel du XVIIIème, avec ses artistes (le joueur de vielle), ses moulins que Gousse va réparer, ses prisons (la Bastille, que D connaît pour y avoir été emprisonné), ses tentations galantes, ses intrigues financières, des éléments que l’on retrouvera dans le récit de noble désargenté qu’est le Maître. D joue du contrepoint : à côté du cycle campagnard, un cycle urbain qui fait advenir un monde réel à l’intérieur de l’univers un peu artificiel du roman.
3. Intérêt du personnage de Gousse dans cette optique : reconnaître l’existence de l’originalité : mêmes les êtres les moins crédibles existent et, d’ailleurs, à bien y réfléchir, n’avons-nous pas tous notre « coin de folie » ?
Inscrire l’ouvrage dans le projet de faire « vrai » et non être « vraisemblable » : dans JF, on pourra rencontrer des êtres étonnants mais qui peuvent exister puisque même qqun comme Gousse a une réalité. On peut croire par exemple à l’histoire du Capitaine et de son ami, qui ne sont guère moins farfelus que Gousse.
Changement d’optique par rapport au roman : le roman, normalement, n’introduit que du crédible ; dans JF, on a de l’incroyable mais qui est réel puisque le monde est peuplé d’individus bizarres plus que de personnages crédibles : JF est étrange mais il nous renvoie dans son originalité une image du monde qui nous entoure : parfois grotesque et inexplicable.
Gousse, un spécimen ou un reflet de chacun de nous ?
1. A priori, Gousse est éloigné de tout ce que nous sommes. Pourtant, il reflète, certes de façon outrée, ce qui constitue l’essence de chacun d’entre nous. Un curieux mélange de bien et de mal : comme l’aubergiste, se comporte tantôt bien, tantôt mal. Difficile de juger Gousse, comme difficile de juger l’homme (et chacun d’entre nous) puisqu’il est à la fois capable de monter un stratagème pour se laisser emprisonner et de donner toute sa fortune à un ami dans le besoin. Le jugement se complique encore puisque Gousse peut faire le mal mais avec une intention juste : il vole des livres d’un vieux médecin pour les offrir à l’auteur qui en a sans doute plus besoin. Gousse permet de s’interroger sur la vertu et de reconnaître qu’elle est toute relative.
2. Gousse joue pourtant le rôle de repoussoir. C’est un anti-philosophe des Lumières : il refuse l’instruction et la réflexion ; il n’use ni de discernement ni de son entendement ; il n’a aucune sensibilité. Gousse représente en fait un reflet de ce que chacun d’entre eux pourrait être mais doit se garder de devenir : un être sans conscience et sans loi, amoral, plus qu’immoral. Avec le personnage, D nous invite alors sans doute à ne pas oublier ce qui fait notre humanité, même au sein d’un système déterministe: une morale que chacun de nous doit s’imposer et ressentir + une volonté de faire le bien en obéissant aux règles que l’on se fixe… et sans doute l’éducation doit-elle nous guider pour reconnaître ces valeurs qui sont celles des Lumières.
Gousse n’est donc pas anodin. Il est en lien avec le reste du roman puisqu’il permet de s’interroger sur les thèmes qui y sont traités : le choix du réalisme ; la folie ; la vertu et la morale surtout. Gousse semble aberrant mais il nous invite en fait à nous interroger sur nous-même ; on peut penser aux fous shakespeariens, des farfelus qui, en fait, en nous renvoyant un négatif de ce que nous sommes, interroge au plus profond notre humanité. Un conseil de lecture : Le Roi Lear (également au théâtre à Malraux
tn blog aide bcp, c'est treès interessant.Mais j'aimerais savoir où tu trouves tes infos car je ne trouve rien au sujet des originaux,à part ton rticle sur gousse.merci
Vraiment merci... Notre prof nous a lâché sur JLF sans aucune explication. J'ai fait l'explication de Gousse du mieux que j'ai pu, et voilà la correction venir.. Mais là toujours rien, car nous sommes en présence d'une femme totalement inapte au métier d'enseignant, et qui estime qu'après avoir fait le même cours à ses TL (nous sommes en 1èreES), il ne lui est plus nécessaire de nous le répéter convenablement.
L'oral s'annonce gaiement...
(pourriez-vous supprimer mon email dans le commentaire ? Je pensais qu'il ne s'afficherait pas au moment de poster)