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lettraugranier
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Une année de préparation du bac au lycée du Granier
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16.07.2007
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si nous voulons que tout reste comme continue

si nous voulons que tout reste comme continue

Posté le 14.05.2008 par lettraugranier
« Si nous voulons que tout continue, il faudra que tout change ». La réplique de Tancredi est-elle confirmée par le roman ?

Trois formulations :
- Tancredi : la seule solution pour conserver les privilèges de la noblesse est d’accepter le compromis avec les Piémontais et la constitution d’un nouveau royaume italien
- le Prince : « plus ça changera, plus ça sera la même chose » : formulation plus pessimiste : l’homme pourra faire ce qu’il voudra, on en revient toujours au même point. Vanité de l’action humaine.
- Pirrone reprenant le prince : « il prétend qu’il n’y a pas de révolution et que tout continue comme avant ». avec le verbe prétend, on voit bien que Pirrone ne partage pas l’avis du prince et pense bien que quelque chose a changé.

I- Succès de la thèse de Tancredi : participer pour que rien ne change
1) L’histoire n’est en fin de compte qu’un épiphénomène et les événements ne parviennent à bouleverser en profondeur la mentalité sicilienne, qui préfère les rituels à la nouveauté et au progrès (cf cours sur la circularité)
2) La révolution piémontaise se dissout alors dans une Sicile qui ne bouge pas et conserve ses archaïsmes et son modèle de société. On a toujours d’un côté, tant que le prince est toujours vivant du moins, les nobles et de l’autre les paysans. la différence entre les deux, que Pirrone explique par l’hérédité, est visible dans la différence de nourriture : mets raffinés de la table du prince vs ragoûts roboratifs de la famille de Pirrone. La Sicile demeure féodale : le prince est accueilli comme avant, même après le moi de mai, et on lui doit toujours déférence : les paysans le paient en nature, comme au temps médiéval de la dîme.
3) la langue a donc changé : les dominateurs parlent piémontais et plus napolitain ; mais la noblesse demeure une caste à part. Elle donne des bals somptueux ; ce sont toujours aux grands nobles que l’on s’adresse pour leur proposer les charges de grands commis de l’Etat ; l’Eglise demeure soumise aux nobles, comme le père Pirrone obligé d’accompagner le prince chez les prostituées.
Les signes d’un immobilisme, malgré la révolution, sont patents. Tancredi, en favorisant l’arrivée au pouvoir de Victor Emmanuel, a-t-il alors réussi son pari : conserver les privilèges de sa classe sociale ?

II- Tout revient… mais tout se dégrade : la thématique du déclin, de la décadence
1) Au niveau politique, l’arrivée au pouvoir des Piémontais représente en fait tout ce que le prince honnit :
- arrivée au pouvoir d’une nouvelle classe, les Sedara : pragmatique (elle veut s’enrichir et sait gérer le matériel), inélégante (cf le frac de Calogero, ses poils rebelles : il restera toujours un inférieur…). Malgré tous leurs efforts, ce sont les descendants de Pepe Merda ; Calogero veut acheter une charge mais ne sera jamais noble dans ses manières ; c’est pourtant lui qui prend le pouvoir, et sa fille qui parvient à s’élever dans l’échelle sociale.
- avec les Piémontais, c’est le règne de l’argent qui se met en place, là où le prince délaisse ses finances jusqu’à finir presque ruiné. Pour le Prince, la valeur supérieure est l’esthétique ; c’est le pragmatisme qui prend le relais. Pour Fabrice, il faut être beau ; pour Sedara, il faut s’enrichir. de là le mauvais goût de la nouvelle classe qui prend les commandes de la Sicile : les trois verts ridicules de Rossoli aux couleurs du drapeau italien…
- des lois nouvelles qui se mettent en place et qui montrent que tout se dégrade : les impôts en liquide imposés aux paysans qui se retrouvent ruinés, annonce des banlieues dortoirs de Palerme. Les Piémontais sont persuadés d’apporter la modernité mais pour Lampedusa, il n’y a qu’avancée vers le pire.
2) Au niveau de la famille salina, tout se dégrade là aussi. Fabrizio est le dernier grand seigneur, le dernier Guépard. Après lui, Tancredi accepte le compromis et s’embourgeoise dangereusement ; Tumeo rappelle que ce n’est pas de sa classe de frayer avec le fille de Calogero ; le couple restera d’ailleurs stérile, comme un signe du déclin de la famille Salina. Un déclin qui sera effectif avec le petit Fabrizietto : un double Malvica, un bourgeois indifférent à la mort du grand Prince : « si beau, si vivant, si aimable… si odieux ». En fin de compte, Fabrizio a une lueur de lucidité : « le dernier Salina, c’était lui, le géant émacié qui agonisait à présent sur un balcon d’hôtel ». Son agonie est emblématique d’une noblesse qui se dégrade, dans son ensemble : la consanguinité est de mise et ne donne plus qu’une descendance débile, des « guenons », des êtres jaunâtres, comme dans un tableau expressionniste, qui sortent de la salle de bal.
3) A un niveau individuel, tout se dégrade enfin pour le prince. Fabrizio vieillit (cf cours sur le sujet) et son déclin emblématise le destin de la Sicile.

III- Mais, dans le fond, rien ne change véritablement (cf cours sur la circularité)
1) L’histoire, en fait, tourne en rond : ce que l’on pense important sera vite relégué comme un souvenir innocent. Les héros rentrent dans le rang, comme Garibaldi qui sera mis à pied à la bataille d’Aspromonte.
2) Au-delà des hommes, ce qui demeure, c’est une nature sur laquelle nous n’avons pas de prise : le paysage sicilien, le soleil, le cycle des saisons, la course des étoiles…
3) En fin de compte, cez qui se trame pour tous, c’est toujours la même histoire immémoriale d’êtres de désirs voués à la mort. Rien ne change : nous pensons être différents de nos ancêtres mais sommes fondamentalement animés des mêmes craintes, du même sort.




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