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Nom du blog :
lettraugranier
Description du blog :
Une année de préparation du bac au lycée du Granier
Catégorie :
Blog Littérature
Date de création :
16.07.2007
Dernière mise à jour :
13.10.2009

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l'amour dans romeo et juliette

l'amour dans romeo et juliette

Publié le 13/09/2008 à 12:00 par lettraugranier
L’amour dans RJ : à la recherche d’une définition

Point de départ : Céline : « L’amour, c’est l’infini à la portée des caniches »

I- De quelques amours … qui n’en sont pas :
1) Le désir charnel
L’amour = un phénomène avant tout physique. Conception des valets (I1 : « in choler, we’ll draw ») et de la Nourrice mais aussi des plus nobles : Mercutio (métaphore de la nèfle et de la poire), Roméo et même Juliette, qui attend son dépucelage avec impatience. Un discours accessible au public populaire mais qui touche aussi les gentlemen des loges venus d’encanailler.
Un amour qui répond à la logique du désir et qui s’explique en particulier par une attirance physique : c’est ce que Cohen dans Belle du seigneur appellera « babouinerie » = notre propension à nous laisser séduire par l’aspect physique de l’autre.
Cet amour physique, que l’homme ressent comme tout animal, est souvent violent. Il est acte de domination : de l’homme sur la femme : être capable d’amour physique = montrer sa virilité. Les femmes ne sont que des objets à remplir (« les plus faibles des vases » que viendront « fleurir » « un fameux morceau de chair »)
d’une famille sur l’autre : les domestiques Montaigus parlent de violer les femmes Capulet
De là, une assimilation entre l’épée et le sexe dressé (I1 : « pour être brave, faut être droit » + Capulet est dominé par sa femme qui, dans la querelle, lui suggère des béquilles plus que de tirer son épée : sans doute, dans sa vieillesse, est-il tout aussi incapable de défendre les intérêts de sa famille que de satisfaire sa femme). L’amour est agression quand il ne fait qu’être physique

2) L’amour imposé : le mariage
A l’opposé de cette attirance instinctive de l’homme pour la femme, l’amour est régi à Vérone par des codes bien plus culturels. Le mariage est le moyen, là encore pour les hommes mais aussi pour les parents, d’imposer une union et de construire le sentiment. C’est la définition de Capulet : l’amour est imposé par la décence (quand Juliette accepte apparemment le mariage, Capulet se satisafait d’un « tout va comme il faut ») et correspond à accepter de vivre avec celui que l’on vous impose : Lady Capulet demande à Juliette : « pourriez-vous aimer Paris », avec comme sous-entendu : « aimer » = « accepter en mariage ». Le mariage est premier ; le sentiment doit suivre : c’est ce que ressent Paris.

Ce n’est bien sûr pas un amour véritable qui ici se met en place. Il n’est surtout pas épanouissant pour la femme : si le vrai amour est épanouissement (métaphore de la fleur : Juliette aura le privilège de rester cette rose à son ouverture maximale en préférant le suicide à la séparation de Roméo), se marier est ici se faner, comme le vieux Capulet le dit lui même, et comme l’exprime sa femme qui a bien notion d’avoir vieilli avant l’heure en se mariant : ce qui attend Juliette si elle accepte Paris.
En tout cas, l’idée se développe que le sentiment amoureux peut-être aussi une idée que l’on se forge (Paris se sent amoureux de Juliette puisqu’elle lui a été promise … alors qu’il ne la connaît pas : il parsème sa tombe de fleurs et se présente en veuf inconsolé, dans une citation qui rappelle sinistrement la mort d’Ophélie dans Hamlet). L’amour peut aussi être posture, mensonge, invention.

3) L’amour galant :
On peut aussi se croire amoureux et se leurrer : l’amour n’est alors que pose et lyrisme feint des mots. C’est cet « amour » que ressent Roméo pour Rosalie et qu’il exprime par des vers où Shakespeare se moque du pétrarchisme (dans Richard II : réplique de York qui rejette tout ce qui vient d’Italie) : Roméo pense être amoureux mais est en fait incapable de décrire un sentiment qu’il ne fait qu’imaginer : de là les antithèses nombreuses (parodie ici bien sûr) : Roméo se présente comme un être déchiré, entre deux états, « mort-vivant », comme l’exprime Mercutio (il dira plus tard, de façon moins plaisante encore, un « hareng saur » tant le faux amour a émacié Roméo.
Qu’est-ce alors que l’amour ? une illusion, une chimère, « words, words, words » (citation de Hamlet) que l’on s’invente pour, une nouvelle fois, rendre plus noble une attirance purement physique. C’est du moins ce que suggère Mercutio : Rosaline, c’est avant tout un « front chaste, des lèvres écarlates », « une cuisse frémissante et les domaines qui lui sont proches » : un blason qui devient peu à peu érotique)
Cet amour n’est pas satisfaisant puisqu’il est conçu comme une maladie et qu’il nous égare, nous met hors de nous. Roméo, au début de la pièce, se cache symboliquement sous un sycomore (jeu de mot souligné par Bonnefoy : « sickamour » : être malade de l’amour) qui montre une mélancolie tout autre de la joie éprouvée avec Juliette (p. 35 : « immodérés délices »). Il y a même un désespoir chez Roméo, qu’il pense ressentir mais qui n’est que feinte puisqu’il s’effacera dès qu’il verra Juliette : « je meurs sous l’accablant fardeau de l’amour »
Que serait alors le vrai amour ?

II- Le « nouvel amour » (citation de Rimbaud - opposé à l’amour imposé, celui des vieilles générations, de Capulet et Lady Capulet par exemple ; amour pur que Roméo et Juliette invente dans leur union) : une évidente reconnaissance qui débouche sur l’union et la fusion.
1) « est-on libre de tomber amoureux ? » (rappel : citation de Jacques le fataliste).
L’amour est ici conçu comme un destin : c’est une force qui s’empare de nous et à laquelle il est illusoire de vouloir résister. Allusions très fréquentes à Cupidon avec les idées suivantes : l’amour est aveugle ; il est assimilable à un ange ou un oiseau (métaphore très fréquente dans la pièce : l’amour est alors léger et l’amant lui-même devient cette sorte de Cupidon capable de franchir les murs des vergers et de grimper au balcon de Juliette, « sur les ailes légères de l’amour » + l’amour réel est élévation là où l’amour purement physique, comme l’a rappelé la nourrice, c’est « tomber sur le dos », donc chuter…) ; il nous blesse par sa fulgurance : métaphore de la flèche (« flèche du dieu Amour », « c’est un dard bien trop pénétrant, brutal, fougueux », avec allusion grivoise nette ici).
L’amour est déchirant comme l’éclair (métaphore du feu) mais il possède l’avantage d’être son propre remède : c’est aussi un baume (Roméo, quand il délire sur Rosaline, a au moins le bon sens de reconnaître qu’il y a sans doute passion plus épanouissante que celle qu’il vit : certes, « l’amour est la fumée qu’exhalent nos soupirs » mais il est aussi « un baume qui nous sauve » p. 35)
Il y a donc de la sorcellerie dans l’amour qui devient une inexplicable attirance pour l’autre, attirance qui s’impose comme une évidence. Le prologue du deuxième acte est explicite : « ces deux regards se sont ensorcelés l’un l’autre » (dans le texte anglais : « charm of look », un charme, c’est à dire à la fois une attirance mais aussi un sortillège)

2) Destin ou affinité ?
L’amour, chez Shakespeare, n’est en fait pas si aveugle que Roméo et Juliette veulent bien le dire. La cristallisation rapproche en fait deux êtres que tout amène à se joindre – à part leur nom de famille… : ils sont proches physiquement (Roméo : un « hareng saur », Juliette « chétive ») il suffit qu’ils se voient pour se reconnaître (l’expression anglaise est parlante : le coup de foudre = « love at first sight ») … et commence tout un jeu de symétrie entre les deux futurs époux (scène du bal ; cf étude en classe). Il n’y a plus alors à définir l’amour, comme le fait Roméo quand il court après Rosaline : le sentiment est là et se suffit à lui-même (un peu comme le beau chez Kant : il s’impose « sans concept », sans que l’on ait et que l’on puisse le définir)
Roméo et Juliette sont faits l’un pour l’autre : c’est le hasard qui veut qu’ils se rencontrent mais, une fois qu’ils se font face, ils n’est pas étonnant qu’ils s’accordent et se reconnaissent comme indispensables l’un à l’autre. L’un est le miroir de l’autre (prologue de l’acte II : « now Romeo is beloved and loves again ») et l’amour prend une autre définition : une fusion de l’un dans l’autre qui aboutit, après l’union maritale, à l’union physique (contrairement à I : ce qui prime, c’est la reconnaissance puis vient le mariage et l’acte sexuel … et non l’inverse). Il y a interpénétration : « comme le mien est en elle, ainsi le sien est en moi »
Une cellule nouvelle se forme où chacun trouve à s’épanouir non plus comme un être singulier mais comme une partie de l’autre : Roméo est Roméo quand il aime Juliette (Mercutio le reconnaît, même s’il ne connaît pas l’amour de son ami : « tu es sociable, tu es Roméo, tu es toi-même comme la nature et l’art t’ont voulu »), mais c’est parce qu’il n’est plus Roméo mais Roméo+Juliette (titre du film de Lhurman). Les deux aimants s’aimantent : Juliette : « pourrai-je m’éloigner quand mon cœur reste ici ? ». C’est le sens de la métaphore de l’anneau : il faut se joindre l’un à l’autre (« joins nos mains », demande Roméo à Laurence) et rien ne vient mieux symboliser ce nouveau cercle que le couple représente que le cercle fermé de la bague, que Roméo voudra récupérer à la main du cadavre de Juliette (rappelons la première métaphore qui qualifie Juliette : c’est une bague, avec la proximité de Juliette et jewel). On peut compléter avec la préface de Laroque dans l’édition LDP : la bague est aussi un rond que l’on retrouve dans les deux O de Roméo, que le critique assimile aussi au zéro, c’est-à-dire au néant qui attend les deux amants dans la mort. Et l’amour de tourner à la mort… Comme le dit Capulet : « tout va se transformer en son contraire » (p. 172)

3) Posséder l’autre … jusqu’à la mort
Aimer, c’est alors tout faire pour garder l’autre dans sa sphère (terme anglais « husband » : band = le lien). L’éloignement est ressenti comme blessure, comme une amputation : p. 74 : « plutôt mourir / que d’attendre une longue mort sans ton amour ». le lien entre les deux est si fort qu’une nouvelle créature voit le jour, une sorte d’hermaphrodite : Roméo se complète de la féminité de Juliette (qu’il va rejeter pour tuer Tybalt : acte qui va briser l’amour…) : « ta beauté fait de moi un efféminé »
Il faut alors retrouver l’autre à tout prix, quitte à ce que ce soit dans la mort : double sens du terme « sceller » : union la plus forte mais aussi enferment dans une tombe (que l’on scelle en effet). On passe alors du lit à la tombe (prologue p. 23 : mot composé « death-bed » : proximité des sonorités).
Freud dira qu’Eros se lie ici à Thanatos : l’amour est si fort qu’il débouche sur la mort. Plutôt tuer l’autre plutôt que de le voir partir… Juliette anticipe cela de façon involontaire quand elle parle de déchirer Roméo pour le projeter dans le ciel, juste après la mort de Tybalt (qu’elle ignore pourtant mais que, peut-être, elle pressent) : « fais-le se rompre en petites étoiles / lui qui rendra si beau le visage du ciel ».
Autre interprétation de ce désir de mort : l’amour est si fort entre les deux qu’il ne peut durer avec la même intensité : autant le fixer dans la mort avant qu’il ne décline (comme il le fait chez Cohen…). Juliette finira d’ailleurs pour épouser la mort puisqu’elle passe sa robe de mariée avant d’absorber le poison de Laurence.

III- Le phénomène de l’adoration : l’amour comme force de métamorphose (motif emprunté à Ovide, à qui Shakespeare doit par ailleurs le récit de Pyrame et Thysbé, source possible de Roméo et Juliette et évidente du Songe d’une nuit d’été).

1) « Ce tout créé d’un rien »
L’amour est ce sentiment qui, à partir d’un rien, atteint une intensité maximum. Un court moment devient un absolu quand l’amour est présent : seulement trois rencontres entre Roméo et Juliette, mais avec quelle intensité… : chaque instant est un chef d’œuvre, comme le dit Roméo : « la part de bonheur / que m’offre le moindre instant quand je suis avec elle »
Le temps s’en trouve distendu : sans amour, il s’éternise ; avec, il passe trop vite.
Roméo et Juliette s’en tiendront d’ailleurs à ce point d’acmé qu’est l’acte sexuel : Mercutio l’assimile au midi (« le dard obscène, entre les doigts de l’horloge, à son érection de midi ») ; les deux amants ne connaîtront pas la chute.

2) Etre un dieu l’un pour l’autre
Aimer quelqu’un, c’est aussi le chérir et l’élever le plus haut possible. Il y a de l’hyperbole dans l’amour : « et toute langue qui forme / le nom de Roméo a l’éloquence du ciel » p. 120.
Jusqu’à la dimension d’un cosmos : métaphores de Juliette (cf cours) ou de Roméo en étoiles. On notera ici la symétrie des images utilisées : encore un jeu de miroir. Ils se substituent au soleil : scène du balcon : « aux amants peut suffire la lumière de leur beauté ».
Jusqu’à lui faire prendre la stature d’un dieu : l’autre est parfait, Juliette par exemple, qui éveille tous les sens : vue bien sûr ; ouïe (« elle parle »), goût (on parle de miel) ; toucher (les deux paumes qui s’effleurent). Juliette parle de Roméo comme de son « seigneur et maître » + cf étude de scène du balcon qui est aussi scène de dévotion mystique.
Il y a là sans doute excès, que Laurence condamne d’ailleurs en bon homme d’église : « aime modérément » (mais n’est pas là un oxymore ?)
3) Une source de rayonnement
L’amour irradie alors sur l’extérieur qui, lui aussi, s’en trouve métamorphosé. L’amour transforme également les autres : l’amour de Roméo pour Juliette s’étend aux Capulets, à Tybalt notamment. Autre sens plus large de l’amour (aussi celui que ressent le bienveillant Benvolio) : accpeter l’autre pour ce qu’il est et dépasser le clivage familial…

Question subsidiaire : faut-il envier Roméo et Juliette ?


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:: Les commentaires des internautes ::

tl le 06/11/2008
j'ai lu cette partie mais je ne comprend pas quand tu écrit l'amour touche aussi tybalt à la fin ?? on ne le sens pas touché par l'amour il ne représente que la haine??


Anonyme le 04/01/2009
j ai lu ce que vous avez ecrit sur l amour entre Romeo et juliette mais je ne comprend pas ce que vient faire le paragraphe(III 2) Etre un dieu l'un pour l autre.POur une explication de l'amour entre Romeo et juliette et sur le language amoureux.


emi le 10/06/2009
j'ia lu ta question sur si il fallait envié roméo et juliette et je pense que non car leur amour n'a pas eu le temp d'etre vecut de plus je pense que ce n'est pas véritablement le vré amour car ils ne se connaissent pas or il est vrais qu'ils ont pu avoir eu le coup de foudre en effet mais leur amour amour n'est que désir, désir de ne pas avoir ce qu'ils qveulent désir de qlq choz ki est impossible