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lettraugranier
Description du blog :
Une année de préparation du bac au lycée du Granier
Catégorie :
Blog Littérature
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16.07.2007
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les fonctions des monstres

les fonctions des monstres

Publié le 24/09/2009 à 07:47 par lettraugranier
Dans L’Odyssée, Ulysse s’enfonce au fur et à mesure de son voyage de retour dans des contrées étranges, peuplées d’êtres dangereux et inquiétants. A côté des morts de l’Hadès, de la sorcière Circé, de la nymphe Calypso, figurent en bonne place au rang des obstacles qui s’opposent à Ulysse un certain nombre de monstres, qu’Homère décrit en déployant les talents de son imagination fertile. Quel rôle l’évocation des monstres joue-t-elle alors dans le texte ? Au-delà de leur fonction descriptive, en quoi ces créatures servent-elles de faire valoir à l’homme grec qu’est Ulysse, et de repoussoir pour le lecteur ou l’auditeur de l’épopée ?

Les monstres ont tout d’abord une fonction narrative certaine.
Leur évocation laisse tout d’abord la place à des descriptions inventives, plaisantes pour le lecteur, et qui constituent autant de pause par rapport au déroulement de l’action. A partir de ces descriptions, une définition du monstre se dessine, qui explique pourquoi ils sont objets d’effroi pour les grecs. Les monstres dépassent la mesure. Ce sont des géants, comme Polyphème. L’univers du Cyclope est marqué par ce gigantisme surnaturel : de sa taille (sa tête est comme « un sommet boisé / d’une haute montagne apparue à l’écart », à sa nourriture (qu’il laisse tomber « avec fracas »), au rocher qui bloque l’entrée de son antre (« un lourd bloc abrupt »). Son caractère même est excessif : sa « rage passe les bornes ». Il souffre de cette hybris, de cette démesure que les grecs reconnaissent comme un défaut majeur. Le monstre est également difforme, comme ce cyclope qui n’a qu’un œil. C’est un humain inachevé. Scylla est décrite également avec soin. Là aussi, elle est démesurée par rapport à la normale, avec ses douze pattes et ses six cous. Elle rappelle, dans l’imaginaire légendaire, Cerbère ou l’Hydre de l’Herne. Si le Cyclope frôle l’humanité, elle, voisine avec l’animal. Le monstre manque alors d’harmonie, comme les Sirènes, à mi-chemin entre femmes et oiseaux selon la représentation traditionnelle. Ces dernières font d’autant plus peur que leur apparence est charmante : une « belle voix » qui cache une « mort noire ».
Ces monstres constituent un moteur de l’action. Ils sont plus nombreux à mesure qu’Ulysse s’éloigne du cap Malée et se dirige vers l’ouest, point cardinal de tous les dangers. Les Cicones restent des humains, Charybde et Scylla sont le prototype de ces créatures qui s’éloignent largement de la nature du lecteur. Le combat contre les monstres constitue autant de péripéties pour Ulysse. Il permet de définir l’épique léger, qui est une des tonalités maîtresses de l’Odyssée. Ulysse est courageux car il enfonce un pieu dans l’œil du Cyclope et est prêt à en découdre avec Charybde. L’épique n’est jamais tout à fait pur cependant : le Cyclope dort quand Ulysse l’agresse ; le combat est par la suite évité et, quand Ulysse veut enfin le provoquer, c’est la cible qui se dérobe, comme Scylla qui engloutit les compagnons d’Ulysse sans se soucier du héros à la proue du navire. Certains des épisodes provoquent des conséquences importantes pour le reste de la narration : le défi d’Ulysse à Polyphème explique l’ire du père du second, Poséidon, et le naufrage du premier après son séjour en Ogygie.

Les monstres servent à la fois à introduire des pauses descriptives et à faire avancer le récit. Ils sont surtout là cependant pour leur rôle symbolique : les monstres, c’est tout ce que la civilisation grecque refuse, et dont Ulysse va se détacher.
Ulysse, quand il aborde la Phéacie, s’interroge : « vais-je trouver des brutes, des sauvages sans justice, / ou des hommes hospitaliers, craignant les dieux ? ». On voit déjà une ligne de démarcation nette entre le monstre et l’humain. Les Cyclopes, en particulier, sont comme un négatif de la civilisation grecque. Leur île est inculte et, même si elle est fertile, la terre n’est pas travaillée et est mal exploitée. Cette absence de culture est aussi celle des habitants, qui ne connaissent la politique, à la base de la vie en cité et de la démocratie : chez eux, « pas d’assemblée pour les conseils » ; « chacun y fait la loi ». La position de Polyphème est éloquente. Il vit seul, ce qui s’oppose à l’oikos, la cellule familiale autour de laquelle la cité se structure. Il ne respecte pas les dieux, faute majeure pour les grecs : il n’a pas de « souci du porte-égide », c’est-à-dire de Zeus. Surtout, il ne respecte pas la loi élémentaire de l’hospitalité quand les compagnons d’Ulysse abordent sa grotte.
Ulysse se montre supérieur aux monstres qui se dressent sur sa route. Ce sont alors des valeurs humaines importantes qui triomphent. Si les monstres, à l’exception des sirènes, représentent la force brute (les Lestrygons, Scylla…), Ulysse incarne la métis, cette forme d’intelligence qui représente l’adaptation à n’importe quelle situation. Ulysse est aussi celui qui sait rendre hommage aux dieux, et qui multiplie les holocaustes, et celui qui sait se comporter dans les formes avec ses hôtes, comme il le montre chez les Phéaciens, où il ne participe aux jeux que contraint, ne voulant pas dans un premier temps faire preuve de sa supériorité athlétique. Avec Ulysse triomphent donc des valeurs d’importance pour les Grecs.

Les monstres ont donc une portée symbolique non négligeable ; ils représentent surtout, dans leur sauvagerie, tout ce que le lecteur peut craindre, et que le récit va lui permettre de mettre à distance.
De fait, les monstres sont rejetés, comme si Homère appelait le destinataire du récit à repousser hors de lui tout ce qu’ils représentent, toutes les valeurs négatives qu’ils incarnent. L’auteur se plaît ainsi à rappeler des détails effrayants, qui font horreur. Le cyclope est répugnant quand il a trop bu : « de sa gorge du vin jaillit / et des morceaux de chair humaine ». Les Lestrygons, de même, sont d’une sauvagerie sans borne, eux qui broient les hommes, les harponnent comme des poissons. Le monstre nie l’humanité en l’homme, raison pour laquelle le lecteur sera tenté de les repousser, car ils sont par trop effrayants et dangereux. Autre façon de rejeter les monstres : les reclure à des coins isolés, symbolique de cette volonté de les éloigner le plus possible de la sphère des hommes et du lecteur. Polyphème a sa grotte fermée ; l’horrible Scylla sa « grotte embrumée tournée / vers l’ombre de l’Erèbe ».
Au contraire, c’est d’Ulysse que le lecteur va se rapprocher. Lui est positif, est apparaît même en majesté, comme devant Nausicaa, dans une description idyllique, « comme le lion des montagnes assuré de sa force ». Pour que l’on puisse s’identifier à un personnage, il faut cependant que celui-ci ne nous dépasse pas trop. C’est bien le cas d’Ulysse. C’est un homme, comme le lecteur. Il s’agit d’ailleurs du premier mot du livre : « andra ». Ulysse se plaît lui-même à le rappeler, « je ne suis qu’un mortel ». Il a aussi ses besoins, comme celui de se nourrir, ses peines également. C’est là la première vision d’Ulysse, animé d’un sentiment tout humain, la nostalgie : « ses larmes n’avaient pas / séché, et toute la douceur de la vie s’écoulait / avec ses larmes ». Ulysse, enfin, a même des défauts – véniels, mais indubitables, ce qui aide à l’identification. Il peut mentir au besoin, et se montrer orgueilleux, comme lorsqu’il donne son nom à Polyphème. Tout cela favorise donc l’identification du lecteur qui, à rebours, prendra ses distances par rapport aux monstres.

Si Homère s’attache tant à décrire les monstres, c’est que ces descriptions ont une valeur esthétique et narrative : elles sont imaginatives et les monstres constituent autant d’obstacles qu’Ulysse doit surmonter. Cependant, décrire les monstres est aussi une façon de définir les bornes de la condition humaine, et de repousser ce qui fait peur à chacun de nous, ce qu’il ne peut vouloir devenir. Le monstre a donc un rôle important, et est d’ailleurs, après Homère promis à une postérité importante : des créations étranges de Jérôme Bosch en peinture, à Frankenstein chez Mary Shelley, aux orques dans Le Seigneur des anneaux, ils se multiplient en tendant à chaque fois un miroir inversé au lecteur.