pascal
Publié le 24/01/2009 à 12:00 par lettraugranier
Correction du DS – Pascal
Sujet 1 : le principe classique « ce qui se conçoit bien s’énonce clairement » peut-il s’appliquer à Pascal ?
Sujet 2 : Le fragment « Condition de l’homme. Inconstance, ennui, inquiétude » peut-il rendre compte de l’ensemble des pensées développées dans les liasses à l’étude ?
Les erreurs à ne plus commettre :
• Erreur méthodologique : dans l’introduction, il faut rappeler la citation de Boileau (sujet1) et celle de Pascal (sujet 2). Ces sont les termes de la citation que le devoir doit observer et discuter.
• Attention à vos citations : trop de passages ne sont pas cités exactement
• Il faudrait moins insister sur la réflexion religieuse de Pascal : le péché originel explique que l’homme ne soit pas parfait, mais les causes d’erreurs de l’homme sont diverses : choix de la distraction, disproportion de son être avec la grandeur de l’univers, difficultés à prononcer un jugement sûr sur tout ce qui dépasse le domaine de la science.
• Une nouvelle fois, Pascal n’est pas un auteur totalement pessimiste : ne jamais oublier la grandeur de l’homme dont il parle souvent. Pascal n’est pas non plus sceptique : il dit bien que l’homme ne peut douter de tout et qu’il possède des certitudes par le cœur et la raison.
Sujet 1 : ce qui est impliqué par le sujet : appartenance de Pascal au mouvement classique ? (sous-entendu : Pascal n’a-t-il pas conservé des modes de pensée baroque ?). Deux points à observer et à mettre en relation : la conception (=la pensée) claire / l’expression claire.
Intro : rigueur du style classique : tragédies régulières de Racine, tableaux de Poussin, jardins symétriques de Le Nôtre.
I- Un livre qui constitue une ébauche (plutôt qu’un brouillon) et manque donc de clarté
1) Rappel : une apologie de la pensée chrétienne … qui dépasse de loin son projet religieux (aussi écrit politique, ontologique ; réflexions sur la justice, sur la connaissance)… et que Pascal n’a pu achever.
2) C’est une cause majeure de l’impression de confusion : fragment inachevés ou peu expliqués. Une fulgurance elliptique et parfois peu parlante.
3) Cependant, certains fragments sont bien plus achevés. Pascal y montre qu’écrire de façon rigoureuse est largement à sa portée : argumentation nette et souvent illustrée ; phrases longues mais claires et tenues ; rigueur des parallélismes de construction et des symétries ; précision du vocabulaire : très lisible pour un lecteur lettré du 17ème.
II- Un rapport à la connaissance fragile.
1) L’homme peut connaître et « bien concevoir ». Un animal doué de raison qui peut se servir de sa capacité de réflexion. Quand la raison rencontre des limites, c’est le cœur qui prend le relais : capacité de l’homme à discerner instinctivement la justesse de certaines vérités.
2) Toutefois, idée que la connaissance de l’homme est limitée : l’homme « incapable et de vrai et de bien ». Au final, les vérités importantes lui échappent. C’est que les causes d’erreur et d’errance sont multiples.
3) Pascal exprime son doute, même s’il n’est pas sceptique : l’homme multiplie les formulations contradictoires (sur le bonheur, le souverain bien, le juste). L’écriture de Pascal est alors souvent plus une écriture de recherche, y compris sur des thèmes comme l’existence de Dieu.
III- De ce rapport à la connaissance naissent des formulations contradictoires
1) L’homme peut savoir et Pascal lui-même s’exprime avec certitude, surtout quand il exprime les « vérités du cœur » : phrases affirmatives ; allure de maxime des fragments…
2) Un Pascal moins serein existe : de nombreuses répétitions à la recherche du mot juste (comme s’il n’était jamais satisfait des formules employées) ; questions sans réponses ; anacoluthes qui viennent dire un déséquilibre.
3) En fin de compte, de quoi Pascal est-il sûr ? du fait que sa connaissance soit limitée et qu’il ne peut pas tout dire sans se tromper. Un auteur du paradoxe…
CCL : à l’image de Versailles : façades, jardins à la française / bosquets et sombres forêts…
Sujet 2 : il faut définir les trois termes employés par pascal + sous-entendu : le fragment n’est pas un résumé de l’ensemble des liasses : absence du basculement de la misère à la grandeur.
Intro : vision de Pascal par Voltaire : un « misanthrope sublime », ce que confirmerait le fragment donné. Pascal n’est-il cependant que le penseur désespéré de la misère de l’homme ?
I- « Inconstance, ennui, inquiétude »
1) Inconstance : terme baroque : le mode change constamment, de même que l’homme (il suffit d’un peu moins ou plus de boisson pour le faire changer d’avis). L’homme agit selon des « modes » ou des coutumes qui évoluent selon le temps et l’espace. De là une incapacité à établir quoi que ce soit de stable, dans le domaine du vrai, du bien, du juste.
2) Ennui : 1er sens : l’homme est empli de contrariétés et ne sait jamais comment se comporter : quel bien poursuivre, comment considérer autrui quand une simple rivière le désigne comme ennemi … ? 2ème sens : ennui car la solitude de l’homme le renvoie à son insuffisance et à sa finitude. D’où le divertissement inventé pour échapper à la misère : un bonheur factice … mais inévitable.
3) Inquiétude : repoussée par le divertissement mais pas occultée. Nous sentons que nous sommes capables de penser mais nous délaissons l’intelligence au profit du jeu. La pensée de la mort nous poursuit. Nous ne savons à quelle vérité nous vouer. Inquiétude même face à ce dieu janséniste qui se montre peu … et procure parfois plus d’angoisse que d’espoir.
II- Cependant, pascal n’est pas si austère que son image caricaturée.
1) La pensée religieuse de Pascal peut procurer une rémission au désespoir. Augustinisme certes, élus peu nombreux ; mais on peut toujours espérer entrer dans les grâces divines. Il faut se comporter au mieux pour attirer la miséricorde divine. Et pour ceux que Dieu ne choisira pas ?
2) En tout homme, il y a en fait un germe de grandeur qui le place au dessus de l’animal et réside dans sa faculté à penser : un « roseau pensant », même si la pensée met surtout en avant ses propres insuffisances.
3) L’homme pascalien (comme celui de Voltaire) est perfectible. C’est à lui qu’il appartient de choisir de se comporter au mieux. Sa vie ne sera sans doute pas idéale mais il aura pu vouloir être fidèle à ses principes. Pour cela, il faut cultiver ce qui fait notre grandeur : la pensée.
Publié le 15/01/2009 à 12:00 par lettraugranier
Les figures d’opposition dans les Pensées de Pascal
Pbtique : la multiplication des figures d’opposition correspond-elle à un parti pris littéraire ou plus philosophique ?
I- La figure de style privilégiée de Pascal
1) Les formes de l’expression de l’opposition chez Pascal :
Toutes les figures d’opposition sont présentes :
- Chiasmes : « rien n’est simple de ce qui s’offre à l’âme, et l’âme ne s’offre jamais simple à aucun sujet »
- Oxymores : « cette belle raison corrompue » (opposition qui se double ici d’ironie)
- antithèses : basculement entre deux phrases qui s’opposent : « la plus grande et importante chose du monde a pour fondement la faiblesse »
- antithèses : principe de construction d’un fragment : fragment 56 avec opposition constante entre juste, vrai, universel / erreur, confusion, coutumes
- paradoxes : « cela suffirait sans doute si la raison était raisonnable »
2) Une écriture baroque du renversement
On retrouve ce goût du renversement et de l’opposition chez les baroques (cf monologue de Laurent dans Romeo et Juliette, « et la mer et l’amour ont l’amer en partage » de Marbeuf, goût du clair-obscur en peinture). Il ya l’idée de prendre le contre-pied de la façon simple (et non contradictoire) de voir le monde. Chez Pascal, beaucoup de formulations contradictoires, d’autant plus que l’homme se trompe et que Pascal cherche dès lors à renverser les propositions traditionnellement admises : « il est dangereux de dire au peuple que les lois ne sont pas justes, car il n’y obéit qu’à cause qu’il les croit justes ». Le paradoxe constitue la « pensée de derrière », que la plupart ne possède pas, et que Pascal garde pour ses écrits, car il serait souvent dangereux pour lui et pour l’ordre de la proclamer trop ouvertement.
3) Un goût pour l’écriture charpentée
Coexiste en même temps que cette tendance baroque à l’opposition une volonté plus classique de clarifier la pensée et de l’exprimer de façon solide. Les figures d’opposition apportent à la fois déséquilibre et construction rigoureuse. Pascal multiplie les jeux de symétrie (« peu de chose nous console parce que peu de chose nous afflige ») ; il semble épuiser toutes les formulations possibles à partir de termes, qu’il ne cesse de renverser à l’envi pour ne laisser aucun doute sur les idées qu’il cherche à développer. « La justice sans force est impuissante ; la force sans la justice est tyrannique. La justice sans la force est contredite, parce qu’il ya toujours des méchants. La force sans la justice est accusée ».
Pascal est doué d’un véritable style. Cependant, il se méfie fortement de la tendance à accumuler les effets de rhétorique, qui empêcherait de se concentrer sur la recherche du juste et du vrai. Comme il le dit : « la vraie éloquence se moque de l’éloquence ». L’usage des figures de style n’est pas gratuit chez lui ; il ne s’en sert que pour renforcer l’idée qu’il développe.
II- Un usage de la rhétorique en accord avec la pensée pascalienne
1) Un monde « en branle » constant. Les énoncés évoluent en fonction du temps, des modes, des lieux : « Vérité au-deçà des Pyrénées, erreur au-delà »… et les discours de l’homme se font une cacophonie contradictoire, d’autant plus que le vrai est difficile à cerner. L’inconstance des discours se voit doublée du fait que l’homme lui-même évolue constamment, et sa pensée avec lui : « si on est trop jeune on ne juge pas bien, trop vieil de même » ; « la nature de l’homme n’est pas d’aller toujours. Elle a ses allées et venues ». L’usage des oppositions témoigne donc de l’incapacité de l’homme à atteindre le vrai : « quelle confusion ! », comme le traduit l’auteur.
2) La multiplication des figures d’opposition correspond également à la conception que Pascal se fait de l’homme : une « chimère », c’est-à-dire un être composite, déchiré : « guerre qui est entre les sens et la raison » ; opposition entre grandeur et misère : « la grandeur de l’homme est grande en ce qu’il se connaît misérable » ; « l’homme connaît qu’il est misérable. Il est donc misérable puisqu’il l’est, mais il est bien grand puisqu’il le connaît »
3) Enfin, les oppositions correspondent à la façon dont Pascal raisonne. La rigueur scientifique de sa pensée se traduit souvent dans des raisonnements dialectiques et les constants basculements entre les thèses que pèse Pascal expliquent les jeux d’opposition. Fragment 83 : 2 groupes qui se contredisent (le peuple et les demi habiles) ; Pascal dépasse l’opposition (synthèse) avec une 3ème catégorie, les habiles. De même : « nous avons donc montré que l’homme est vain par l’estime qu’il fait des choses qui ne sont point essentielles » + suite du fragment 86. La dialectique rend aussi compte de la nature de l’homme, de la façon dont chacun dirige son existence : « Dépendance, désir d’indépendance, besoins » : un syllogisme qui résume la conception de l’homme pour Pascal et qui tourne autour de trois fragments de phrase !
Publié le 10/01/2009 à 12:00 par lettraugranier
Les Pensées sont-elles didactiques ?
I- Difficile de dire, à première vue, que Pascal recherche un enseignement
1) Pascal ne fait pas toujours l’effort pour expliquer sa pensée. Cela est en grande partie dû au caractère inachevé de l’ouvrage et au fait que l’œuvre soit une ébauche qui est plus un effort de recherche qu’une production achevée. De là beaucoup de fragments brefs, inachevés, elliptiques … et obscurs ! Aussi des références culturels que Pascal n’élucide pas : références implicites à Montaigne, à la Bible (« Job et Salomon »…). L’ensemble ne semble guère vouloir guider le lecteur.
2) Pascal, le plus souvent, ne cherche pas à réformer : comme la plupart des moralistes, il constate des défauts … mais insiste aussi sur le fait que l’homme est trop faible pour les éviter : « nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre », et il n’y a rien à faire contre cela. Il y a une forme de tragédie chez l’homme qui ne peut manquer de se divertir, de se subvertir aux puissants illégitimes mais qui ont la force de punir : 82 « cela est admirable : on ne veut pas que j’honore un homme vêtu de brocatelle, et suivi de sept ou hit laquais. Et quoi ! il me fera donner les étrivières si je ne le salue pas »… quand bien même Pascal juge négativement ces actions.
3) Enfin, Pascal insiste bien sur le fait que la connaissance de l’homme soit fragile : « la justice et la vérité sont deux pointes si subtiles que nos instruments sont trop mousses pour y toucher exactement » 41. Lui-même doute, y compris de l’existence de Dieu : le « silence infini » du ciel l’effraie (cf aussi 64 : « abîmé dans l’infinie immensité des espaces que j’ignore et qui m’ignorent »), alors que la divinité et sa capacité de miséricorde est à la base de toute son éthique. Le caractère didactique de l’œuvre devient alors douteux.
II- On peut trouver cependant dans les Pensées un caractère didactique
1) Volonté chez Pascal d’adopter un langage clair : précision du vocabulaire, construction rigoureuse des phrases, certains fragments sont construits selon une logique nette ou plus implicite. Pascal est un scientifique du siècle classique: son écriture le montre. La volonté de clarté est d’ailleurs visible dans la structure très répétitive du texte, comme si Pascal était à la recherche de la formulation la plus nette de sa pensée. Fragment 19 ; ensemble des fragments sur la tyrannie ; structure nette du fragment 101…
2) Pascal cherche à guider le lecteur. Il peut se poser en conseiller pour inciter chacun à adopter la voie la meilleure qui soit. Dans le cas de Pascal, cette voie est celle de la vie vertueuse qui doit amener à attirer sur soi la clémence de dieu … et doit surtout nous permettre de vivre au mieux dans la société où nous sommes intégré : 68 « il faut se connaître soi-même. Quand cela ne servirait pas à trouver le vrai, cela au moins sert à régler sa vie, et il n’y a rien de plus juste ». Pascal retrouve ici un enseignement stoïcien : bien sûr, tout ne dépend pas de nous, mais chercher à bien régler sa vie est déjà une tâche satisfaisante. De là des formules comme « il faut », des impératifs ….
3) A quel public s’adresse cet enseignement ? Sans doute pas le peuple que Pascal observe mais qu’il ne prétend pas sortir de son ignorance, parfois bénéfique d’ailleurs (« opinions du peuple vaines »). Sans doute pas chez les jansénistes qu’il n’a pas besoin de convaincre de quoi que ce soit. Mais les « esprits forts », ces libertins qu’il a fréquentés, un public averti culturellement et intellectuellement. Pascal dit bien que l’homme est grand quand il est capable de penser : c’est cet effort qu’il demande à ses lecteurs, de façon qu’ils dirigent leur vie de la façon la plus juste possible, en connaissant leur force mais aussi leurs misères.
Publié le 07/01/2009 à 12:00 par lettraugranier
Par delà son caractère d’ébauche, ne peut-on dire que l’écriture fragmentaire correspond à la pensée développée par Pascal ?
Ancienneté de l’écriture fragmentaire : les présocratiques par exemple. Un style qui a souvent été critiqué : ainsi du style bref de Sénèque : « arena sine calce ».
Pascal n’a pas l’intention d’écrire un texte fragmentaire mais c’est sous cette forme que les P nous sont transmises. Une forme critiquée dès le 17ème, même chez les jansénistes : « un grand nombre de pierres bien taillées [….], le reste ne m’a paru que des matériaux confus » (Nicole).
La mort de Pascal est-elle la seule explication de ce caractère fragmentaire des P ? (ou : Pascal aurait-il pu ou gagné à organiser les P ?)
I- « Les fragments sont la trace d’une mort » : les P ou le brouillon d’un projet plus vaste
1) Une écriture inachevée, une parole qui n’a pas été polie et reste à un état brut : « bassesse de l’homme jusqu’à se soumettre aux bêtes, jusqu’à les adorer » ; « le bec du perroquet, qu’il essuie quoiqu’il soit net » ; « Misère. Job et Salomon » ; « Deux infinis, milieu »… Autant de phrases nominales, inachevées : impression que Pascal écrit avant tout pour lui-même.
2) Des pensées qui se complètent les unes les autres, fonctionnent comme un palimpseste (ou un papier calque) : inutile de tout dire puisqu’un fragment ultérieur viendra compléter le propos. Pour bien comprendre les P, c’est alors au lecteur de mener ce travail et de superposer les fragments pour établir un texte complet. Ex : fragments sur Paul-Emile, d’abord à peine ébauché puis repris plus largement. De même avec « Cléopâtre » (fr 42) ; « il demeure au-delà de l’eau » (relativisme de la justice largement repris en 56)
3) Une écriture rapide, qui cherche à saisir la pensée au passage. Chez Pascal, un fourmillement d’idées : il faut les noter le plus vite possible avant qu’elles ne s’échappent : « Pensée échappée, je la voulais écrire ; j’écris au lieu qu’elle m’est échappé ». De là, l’impression que, parfois, pascal jette les mots sur le papier avant qu’ils ne lui échappent : « vanité, jeu, chasse, visites, comédies, fausse perpétuité du nom » ; « combien de royaumes nous ignorent » ; « Un bout de capuchon arme 25000 moines ». C’est alors au lecteur (s’il le peut !) d’essayer de compléter le blanc du texte.
II- Causes conjoncturelles : une écriture du 17ème siècle.
Difficile de dire comment Pascal aurait présenté son texte s’il n’était mort avant de l’achever. Toujours est-il que l’écriture brève est en vogue au 17ème et les P ne déparent pas avec d’autres écrits (fables, La Rochefoucault, La Bruyère). Auraient-elles été plus efficaces à être plus ordonnées ? Pas sûr…
1) Une œuvre destinée à toucher le public des « honnêtes gens ». On cherche à se rapprocher pour cela de l’idéal de la conversation, avec un style varié et bref (d’ailleurs, on laisse de côté les œuvres plus longues, comme le roman pastoral de type Astrée). Pascal lui-même s’adresse aux libertins qu’il a fréquentés et se rend compte de la nécessité de faire bref : « l’éloquence continue ennuie ». La brièveté se révèle une stratégie argumentative.
2) Ces écritures brèves prennent alors la forme des exercices de salon : le portrait mais aussi la maxime. Cette dernière forme est utilisée par Pascal (phrase brève et définitive, au présent de vérité générale). C’est que l’auteur, même s’il doute beaucoup (cf III), possède aussi des certitudes, celles qui lui sont révélées par le cœur notamment : pour ces vérités, nul besoin de les prouver (il serait d’ailleurs impossible de le faire) et donc nul besoin de s’étendre plus loin que dans l’énoncé de la phrase. Le style de Pascal atteint alors par moment le « sublime », une notion en vogue au 17ème siècle : une phrase qui frappe comme la foudre, concise et précise : « peu de choses nous consolent parce que peu de choses nous affligent » (40) ; « il n’est pas bon d’être trop libre, il n’est pas bon d’avoir toutes les nécessités » (53) ; « comme la mode fait l’agrément, aussi fait-elle la justice » (57) ; « la grandeur de l’homme est grande en ce qu’il se connaît misérable »
3) Enfin, la brièveté est une des exigences du style classique, qui se met en place durant l’existence de Pascal. On parle aussi d’atticisme (en liaison avec la littérature de l’Attique, région d’Athènes : style de Socrate par exemple : précis, sans effets oratoires, allant directement à l’essentiel … et éminemment dense). Le style est aussi tendu chez Pascal. On peut faire l’exercice et essayer de retirer un mot d’une des pensées : on perd le sens. Ex de la fin du 112 : « il ne faut pas que l’homme croie qu’il est égal aux bêtes, ni aux anges, ni qu’il ignore l’un et l’autre, mais qu’il sache l’un et l’autre ». Tout est nécessaire et Pascal dit le plus dans le minimum de mots. C’est l’idéal des classiques qu’ils empruntent à Quintilien : « plura paucis complectimur »
III- Des causes intellectuelles : une écriture du discontinu pour un monde fragmentaire.
L’eût-il voulu, Pascal aurait-il pu présenter autrement son texte que sous forme fragmentaire ? Pas sûr, tant la brisure correspond à la vision du monde de l’auteur : un reste très net, ici, d’une sensibilité baroque…
1) « Une écriture de recherche, en quête d’un langage adéquat pour un objet fuyant, insaisissable » (B Parmentier). De fait, pour Pascal, le monde est en constant mouvement : « quelque terme où nous pensions nous attacher et nous affermir, il branle et nous quitte » + « « tout notre fondement craque, et la terre s’ouvre jusqu’au abîme ». Le monde se craquelle, il n’est jamais le même d’un instant à l’autre. L’écriture, de même, semble s’éparpiller en une série de petits jugements.
2) De la même façon, l’homme change sans cesse. Le jugement évolue d’un pays à l’autre, mais aussi en fonction des modes, ou des « coutumes ». Le sujet qui pense est toujours mobile, y compris Pascal qui écrit son ouvrage : on pense différemment selon notre âge, selon que l’on soit dérangé ou non par une mouche, selon que l’on ait bu ou pas... Il est alors difficile d’avoir un discours globalisant et continu : le monde se morcelle et le sujet qui pense est lui-même inconstant : ne reste que le désordre (« c’est le véritable ordre, et qui marquera toujours mon objet par le désordre » : l’écriture discontinue est à l’image du monde que Pascal cherche à cerner) ;
3) Pascal, malgré sa rigueur, n’est sans doute alors pas à l’aise, dans un domaine qui dépasse la connaissance scientifique, avec l’écriture du traité, ordonnée, en accord avec un monde simple et que le langage peut circonscrire. L’écriture de Pascal, plutôt que de proposer un cheminement linéaire, a alors tendance à multiplier des formulations contradictoires, notamment quand il expose les différentes théories philosophiques qui s’opposent mais ont chacune une part de vérité … et d’erreur. L’écriture se fragmente à l’image d’une vérité qui échappe, surtout dans le domaine du droit et de la métaphysique. Pascal rejoint ici Montaigne : « nous sommes tous des lopins », « l’homme en tout et partout n’est que rapiessement et bigarrures ». On pourrait en dire autant des P.
CCL : on pourra méditer une dernière pensée pascalienne : « la vraie éloquence se moque de l’éloquence, la vraie morale se moque de la morale… Se moquer de la philosophie, c’est vraiment philosopher ».
+ l’écriture fragmentaire, qu’elle soit volontaire ou non, montre les tentions qui parcourent l’œuvre de Pascal, celle entre classicisme et baroque notamment ; entre écriture pour soi et destinée aux autres ; entre évidence et obscurité ; entre volonté de dire le monde et faiblesse du jugement; entre goût de la philosophie et rejet de l’écriture philosophique.
Publié le 23/12/2008 à 12:00 par lettraugranier
Pour travailler en musique: un lien sur deux playlists: la musique de Laclos et de Pascal:
http://www.deezer.com/user/setac
Publié le 11/12/2008 à 12:00 par lettraugranier
Quelle conception de l’homme se cache derrière la théorie du divertissement ?
I- Un effet de la misère de l’homme
1) L’homme est un être imparfait
Le divertissement prouve que l’homme est malheureux. Si l’homme se divertit, c’est qu’il a besoin de se détourner de la misère de sa condition : il n’a su se guérir des maux que sont son incomplétude et sa folie (« n’ayant pu guérir la mort, la misère, l’ignorance »). L’homme est un mortel limité, qui sens bien que sa présence n’est pas nécessaire à l’ordre du monde, qu’il aurait pu ne pas être sans que l’ordre de l’univers en soit changé (« je sens que je puis n’avoir rien été », nous dit Pascal en exprimant une de ces vérités du cœur, indémontrable mais indubitable). Pascal, dans la liasse VIII, multiplie alors les formules négatives, en usant presque de pléonasmes pour insister sur ce malheur de l’homme : « le malheur naturel de notre condition faible et mortelle, et si misérable que rien ne peut nous consoler lorsque nous y pensons de près ». L’homme est vain et c’est ce qui l’amène à se divertir.
2) Pour cacher sa misère l’homme se divertit.
Le divertissement est en effet une conséquence de cet état malheureux de l’homme. Le but est simple : se rendre « heureux », un terme que Pascal répète sans cesse. L’homme veut « être heureux et ne veut qu’être heureux ». Il lui est alors nécessaire d’oublier tout ce qui fait le tragique de sa condition, et se détourne vers le divertissement, que Pascal définit ainsi : « occupation violente et impétueuse qui les détourne de penser à soi ». Il prend l’exemple de ce père de famille qui a perdu son fils et se lance dans une agitation qui lui fait fuir la pensée de la mort.
3) L’homme cède alors à une multiplication de vaines – et folles – occupations.
Pascal donne des exemples de ce qu’est le divertissement. Ce sont d’abord les « offices », c’est-à-dire les professions que nous exerçons parfois sans autre efficacité de nous occuper. Ce sont aussi les occupations de ceux que l’on appelle les « honnêtes gens », qui fréquentent la cour ou les milieux mondains. L’art de la conversation, les jeux comme le billard, la danse… Pascal réserve une place particulière à la chasse, dont il fait ressentir l’absurdité par l’usage de périphrases : chasser, c’est courir derrière un lièvre … et une balle, c’est « voir par où passera ce sanglier que les chiens poursuivent avec tant d’ardeur depuis six heures » … rien de bien palpitant quand on y pense ! Ces occupations sont en général en lien étroit avec cette passion que Pascal condamne parmi les autres, la concupiscence. Dans le divertissement, on cherche aussi à posséder : on achète des charges et on va jusqu’à la guerre (assiéger une ville : voilà qui occupe en effet…). Ce divertissement est par ailleurs sans fin. Dès que le désir est assouvi, il faut le relancer par un nouveau désir : « ainsi s’écoule la vie » ; les hommes sont pris par la « nature insatiable de leur cupidité ».
II- Un phénomène qui souligne le tragique de la condition humaine
1) L’homme, de quelque condition qu’il soit, est incapable de ne pas se divertir
Pascal utilise des formules qui insistent sur la négation du pouvoir qu’aurait l’homme à résister au divertissement : « il […] ne peut ne vouloir pas l’être », « on ne peut demeurer chez soi avec plaisir ». Nul ne peut de fait échapper au divertissement, qui est comme un réflexe de survie. Il suffit de relever les sujets employés par Pascal dans la liasse pour s’en rendre compte. Qui se divertit ? « l’homme », « les hommes », « nous », c’est-à-dire chacun d’entre nous. Même celui qui devrait être le plus heureux est forcé de se divertir : le roi, un homme en somme comme les autres, qui a besoin de sa dose d’occupation pour ne pas tomber dans le désespoir face à sa condition : « un roi sans divertissement est un homme plein de misères ».
Pascal, dès lors, observe le divertissement mais ne le condamne pas. Il laisse cette tâche aux « philosophes », un terme qu’il emploie avec un certain mépris, c’est-à-dire à ceux qui réfléchissent dans l’abstrait sans prendre en compte la nature de l’homme. Pascal, lui, comprend la tendance au divertissement : « sans divertissement, il n’y a point de joie ; avec le divertissement, il n’y a point de tristesse ». Comment le repousser ?
2) L’étude de soi est un idéal … par trop inaccessible
C’est d’autant plus vrai que contempler ses misères, par un exercice continu d’introspection, est bien difficile. La solitude s’impose à qui veut observer ce qu’il est. Certes, elle peut être « plaisir » quand elle débouche sur la « contemplation ». Elle est cependant ardue ; le risque est celui de l’ennui (« l’ennui de manquerait pas » : notez le conditionnel qui montre que la solitude contemplative est un vœu pieux). La retraite est même dangereuse : « la mort est plus aisée à supporter sans y penser que la pensée de la mort sans péril ». On rejoint la célèbre maxime de La Rochefoucauld, pour qui deux choses ne peuvent s’observer ne face, le soleil et la mort.
3) L’homme est alors dans un dilemme sans fin
L’homme ne peut donc passer son temps à observer son sort et sa misère. Le divertissement, cependant, n’est qu’un bonheur factice car il n’apporte la paix ni à soi ni aux autres. Pascal l’exprime par des synonymes au divertissement, qui sonnent comme autant de termes de condamnation : « agitation », « tracas », « bruit et remuement ». L’homme est donc malheureux car il se laisse aller à des occupations futiles auxquelles il ne peut échapper … et qui lui cachent la misère de sa condition.
III- Le divertissement est malgré tout une marque de la grandeur de l’homme.
1) L’homme cherche un idéal
L’homme, en se divertissant, montre qu’il est à la rechercher d’un accomplissement, de ce qui le rendrait heureux. Il cherche une amélioration de sa nature, un chemin vers la « joie » que seule la fréquentation de dieu peut lui apporter. Se divertir, c’est aussi prendre conscience de l’incomplétude de notre condition.
2) L’homme se sait imparfait
Ce que montre le divertissement, c’est que l’homme serait capable de connaître sa faiblesse mais qu’il ne le veut pas. Il se tourne alors inconsciemment vers l’agitation. Il existe cependant des âmes plus lucides pour démonter les mécanismes du divertissement : c’est Pascal, qui montre la grandeur de sa pensée en exprimant sa conscience pleine des insuffisances de l’homme. Comme il l’exprime par ailleurs, un animal n’a pas conscience e sa misère, c’est en cela que l’homme est supérieur.
Publié le 29/11/2008 à 12:00 par lettraugranier
A quoi voit-on que le Dieu dont parle Pascal est un Dieu janséniste ?
Rappels biographiques : la famille de Pascal se tourne très tôt vers le jansénisme ; Jacqueline, la sœur de Blaise, se retire à Port-Royal et son frère, s’il fréquente le monde, défend le mouvement dans les Provinciales et projette d’écrire une Apologie du christianisme, qui, inachevée, deviendra les Pensées.
Reformulation de la problématique : en quoi le jansénisme inspire-t-il l’image de Dieu que Pascal délivre dans les fragments, ainsi que la vision de l’homme qu’il y développe ?
I- Un « deus absconditus » (dieu caché) qui ne se dévoile que dans la grâce
1) Dieu caché aux hommes :
Pascal s’inspire en fait de l’augustinisme, le mouvement de pensée développé par saint Augustin : pour ce dernier, il n’existe aucune communication entre la cité des hommes et la cité de dieu, de sorte que les premiers ne peuvent rien connaître de ce dernier … à moins qu’il n’ait décidé de les éclairer de sa miséricorde. L’homme est à distance de Dieu et Pascal, malgré la nuit mystique du 23 novembre, doute parfois, tant le monde qui l’entoure ne manifeste en rien la présence du divin. C’est le sens du fragment 64 : « en voyant l’aveuglement et la misère de l’homme, en regardant tout l’univers muet, et l’homme sans lumière, abandonné à lui-même et comme égaré dans ce recoin de l’univers, sans savoir qui l’y mis, ce qu’il y est venu faire, ce qu’il deviendra en mourant, incapable de toute connaissance, j’entre en effroi comme un homme qu’on aurait porté endormi dans un île déserte et effroyable, et qui s’éveillerait sans connaître où il est, et sans moyen d’en sortir ». Par le « je », Pascal s’incluse dans cette humanité qui doute, qui, abandonnée de Dieu, s’interroge sur le sens de sa destinée, qui semble perdu dans le vaste univers qui l’entoure.
2) La Bible, seule preuve du divin (paragraphe construit à l’aide d’autres fragments que ceux du corpus)
Comment dès lors connaître Dieu ? La réponse de Pascal est catégorique : une des voies d’accès au divin est constituée par la Bible. Comme il le dit : « j’ai cherché si ce Dieu n’aurait pas laissé quelque marque de soi », et c’est dans le message du livre saint qu’il trouve une réponse. Il s’appuie sur les prophéties qui, réalisées, prouvent que Dieu est, même s’il ne révèle pas à tous. Cela justifie que, pour Pascal, la religion chrétienne soit la seule vraie car « je vois la chrétienne où se trouve des prophéties, et c’est ce que chacun ne peut faire ». La réalisation des prophéties témoigne de la Grandeur de Dieu, et plus singulièrement l’arrivée sur terre d’un Messie, Jésus, dont les miracles, vrais sans discussion pour Pascal, prouvent la force du divin. Jésus est un médiateur, Dieu incarné qui permet d’accéder au Dieu immatériel : « par Jésus-Christ, nous connaissons Dieu […]. Pour prouver Jésus-Christ, nous avons els prophéties. […] Hors de lui, on ne peut prouver Dieu »
3) La grâce efficace
Cependant, c’est par la grâce que Dieu accorde à certains que Dieu se manifeste le plus clairement. Aux vertueux, Dieu accorde de connaître sa grandeur, d’être sûr de son existence, et de comprendre le sens de la destinée. Pascal raisonne cependant en janséniste : les élus qui méritent l’éclaircissement divin sont rares. C’est la théorie de la grâce efficace que l’on retrouve : « ceux à qui Dieu a donné la Religion par sentiment du cœur sont bienheureux et bien légitimement persuadés ». « Par sentiment du cœur », c'est-à-dire par une sorte de certitude instinctive, qui passe outre ce que la raison peut expliquer. « Bienheureux » mais peu nombreux, toutefois. Le dieu de Pascal est-il alors un Dieu méchant ? Non, car cette obscurité de Dieu qui ne révèle sa présence qu’aux plus méritants n’est qu’une mise à l’épreuve de l’homme, qui doit véritablement mériter la miséricorde divine : comme le résume pascal par un de ces parallélismes dont il a le secret, « il y a assez de lumière pour ceux qui ne désirent que de voir, assez d’obscurité pour ceux qui ont une disposition contraire ». Cependant, c’est bien la simple volonté de Dieu qui peut transformer l’homme en bienheureux.
II- Misère de l’homme sans Dieu
1) L’homme est une créature déchue
Si Dieu accorde peu sa bénédiction c’est que l’homme est fautif … depuis le péché originel, qui joue le rôle d’un lourd héritage qui pèse sur tout un chacun à sa naissance. Pascal insiste, en accord avec l’augustinisme, sur cet acte fondateur du péché, la volonté d’Adam et d’Eve de se soustraire à ses commandements en mangeant le fruit défendu de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. L’épisode de la Genèse n’est jamais clairement rappelé mais Pascal insiste fortement sur les termes « déchu », « corrompu » : « cette belle raison corrompue a tout corrompu ».
2) L’homme est incapable de connaître
En punition de ce péché, l’homme perd sa capacité à connaître quoi que ce soit sur Dieu, mais aussi sur le monde qui l’entoure, sur la nature du vrai, du juste, et du bien. Ces trois derniers concepts ont autant de formulations qu’il existe de formes de pensées, et cette dispersion montre bien l’impossibilité à atteindre l vrai dans quelque domaine que ce soit. L’homme est facilement distrait, il prend des opinions fausses pour des vérités, il est minuscule et l’essentiel de l’univers lui échappe. Tout l’empêche de connaître : son imagination, son inconstance, jusqu’au bruit d’un moucheron qui vrombit à ses oreilles et le distrait.
3) L’homme est dominé par ses passions
L’homme ne mérite pas en général la miséricorde de Dieu car il se laisse dominer par des passions qui l’amènent à des actions coupables : vieille thématique, que l’on retrouve dans les tragédies d’un autre janséniste, Racine. Dieu, lui, demeure stoïque (fragment 101), tout au contraire de l’homme : « l’ordre de Dieu qui, pour la punition des hommes les a asservis à ces folies », c’est-à-dire tous ces actes où ce n’est pas la raison qui nous guide, mais notre vanité, ou encore notre amour-propre. Pascal énumère alors les péchés de tout un chacun en des formules très générales : « toutes les occupations de l’homme sont à avoir du bien » (26), et non à se comporter de façon vertueuse, ce qui impliquerait au contraire une pratique sans faille de la charité. L’homme est vain, « présomptueux » (111) et n’agit qu’en fonction de lui et de son plaisir : « ils n’ont point trouvé d’autre moyen de satisfaire leur concupiscence sans faire tort aux autres » (70). Pascal observe ses semblables, toujours prêts à se nuire dans le but de se satisfaire avant tout.
III- Une vision cependant ambiguë de l’homme
1) L’homme est nostalgique de la plénitude divine.
Le fait que l’homme soit malheureux montre qu’il déplore sa condition. S’il la déplore, c’est bien qu’il a connu, à un moment de son existence, un état de plénitude où il était en communication directe avec Dieu. Le raisonnement de Pascal est simple : on ne regrette que ce que l’on a connu, c’est donc que l’homme, à un moment, a connu Dieu. Pascal le résume par la formule « ce sont misères de grand seigneur : si l’homme ne sait rien, s’il est incapable de se déterminer par la raison et non par la passion, si surtout, cette faiblesse caractéristique le fait souffrir, c’est qu’il a quelque grandeur, que le péché d’Adam et Eve a malheureusement rendue caduque.
2) L’homme de Pascal est alors double
En effet, l’homme a gardé de sa conception divine et de son passage au jardin d’Eden, une grandeur certaine, qui se situe dans ce qui constitue le propre de l’homme, la pensée. L’animal ne pense pas mais agit automatiquement. C’est l’exemple du perroquet qui « essuie [son bec] quoi qu’il soit net ». L’homme demeure la créature privilégiée de Dieu qui lui a accordé de pouvoir réfléchir … et prendre conscience de son malheur d’avoir perdu la confiance de Dieu et d’avoir vu sa capacité à connaître grandement diminuée. La pensée religieuse de Pascal explique les formules paradoxales qu’il ne cesse d’employer dès qu’il veut définir l’homme :
« S’il se vante, je l’abaisse
S’il s’abaisse, je le vante,
Et le contredis jusqu’à ce qu’il comprenne qu’il est un monstre incompréhensible » (121), « gloire et rebut de l’univers », comme Pascal le dit par ailleurs. En ce sens, Pascal critique les stoïciens qui, en disant que l’homme doit être capable de se maîtriser et d’agir selon ce qu’il a déterminé en toute circonstance, méconnaissent la faiblesse de l’homme. Pascal n’accorde cependant guère plus de crédit aux pyrrhoniens qui ne voient que la misère de l’homme sans sentir la grandeur de cette créature privilégiée du divin.
3) L’homme doit vivre dans l’attende de Dieu
Cette double appartenance, combinée à la théorie de la grâce, fonde la morale de Pascal. Certes, l’homme est toujours prêt de se tromper, de mal agir –et Pascal au même titre que les autres. Cependant, en se comportant de façon la plus sage possible, en essayant de favoriser l’exercice de sa raison, en fuyant l’amour-propre dans le repli du monde et la charité, l’homme a une chance de s’attirer la miséricorde divine. Il faut bien se comporter « en attendant que Dieu [nous] donne sa grâce par sentiment du cœur » (101). Cette grâce que Pascal, malgré ses interrogations et ses moments de doute, a partiellement reçue, lui qui se permet de prendre la parole au nom de Dieu, dans l’éloquente prosopopée du fragment 101.
L’homme a une chance d’accéder à Dieu : la lecture de la Bible prouve Dieu qui se révèle au cœur des plus méritants. Les autres ne doivent pas désespérer et se comporter le mieux possible. C’est l’idée du fameux pari : autant bien agit dans le cas où Dieu voudrait bien nous accorder sa grâce. Au pire, on ne perd rien (et on fait le bien d’autrui) ; au mieux, on se gagne une éternité bienheureuse.
Publié le 30/10/2008 à 12:00 par lettraugranier
Séance 2 : le XVIIème : Grand Siècle et Siècle des moralistes (travail préparatoire au CDI ; utilisation des ressources documentaires et des ressources internet)
Liste des liens utilisables :
• http://www.site-magister.com/classicis.htm
• http://gallica.bnf.fr/themes/LitXVII.htm
• http://www.chateauversailles.fr/fr/
• http://www.lettres.ac-versailles.fr/spip.php?rubrique288
• http://fr.wikipedia.org/wiki/Moraliste
• http://passouline.blog.lemonde.fr/2008/07/30/ou-sont-passes-les-moralistes/
I- Le siècle de Louis XIV
1) Dans quelles circonstances Louis XIV arrive-t-il au pouvoir ?
2) A partir de quand se proclame-t-il Roi Soleil et quel est le sens de la métaphore ?
3) A partir de quelle date la cour s’installe-t-elle à Versailles ?
4) Résumez la vie d’un courtisan : qui est courtisan ? quelles sont ses occupations/ses divertissements ? que Louis XIV vise-t-il en favorisant ce mode de fonctionnement de la cour ? Lisez un rapide passage où La Bruyère effectue le portrait d’un courtisan.
5) A partir de la mort de Marie-Thérèse, montrez que le règne de Louis XIV prend une tournure plus sombre, jusqu’à sa mort.
6) Commentez quelques œuvres d’art où Louis XIV se met en scène et qui résument la conception du pouvoir qu’a le monarque.
II- Un siècle à cheval entre le baroque et le classicisme : l’exemple de Versailles
1) Rappeler, de la façon la plus synthétique possible, les définitions du baroque et du classicisme, en insistant sur les lignes de faille qui semblent séparer les deux mouvements.
2) En vous appuyant sur l’architecture du château de Versailles, vous montrerez que le lieu est à la fois classique et baroque.
3) Décrivez brièvement les fêtes données par Louis XIV à la cour. Vous semblent-elles classiques ou baroques ?
4) En vous renseignant sur la personnalité de Mme de Maintenon, vous direz dans quelle direction elle infléchit le règne de Louis XIV.
III- Le siècle des moralistes
1) En vous aidant de dictionnaires (Dictionnaire philosophique de Louis-Marie Morfaux, par exemple), vous préciserez le sens des termes « morale », « mœurs », « moraliser ».
2) Qui appelle-t-on les « moralistes du XVIIème siècle » ? Quels points communs leurs écrits présentent-ils ?
3) Relevez une maxime de La Rochefoucauld qui vous semble juste.
Publié le 09/08/2008 à 12:00 par lettraugranier
Les Pensées- vocabulaire
Anacoluthe: figure de style qui repose sur une rupture de construction: « le nez de Cléopatre, s'il eût été plus long, la face du monde en eût été changée ». (au lieu de: « le nez ... aurait changé la face »
Antithèse: figure de style qui consiste à associer dans une même phrase des concepts opposés
Coeur: principe de connaissance qui donne accès à une vérité que la raison ne peut prouver.
Concupiscence: désir vif de possession de biens terrestres.
Contrariété: fait que l'homme soit un être complexe, grand et misérable, capable de vertu comme de vice, de sagesse comme de vanité.
Divertissement: Vaine occupation de l'homme qui lui permet d'oublier la misère de sa condition et le fait qu'il sot voué à la mort.
Fragment: nom que l'on donne à chacune des Pensées numérotée.
Grâce: Lumière accordée par Dieu à l'homme, et qui lui permet d'avoir une connaissance spontanée du vrai. Peu d'hommes la reçoivent mais le fait que certains vivent dans la grâce invalide l'hypothèse d'un dieu méchant.
Grandeur: Qualité de l'homme qui lui permet de s'élever au dessus de l'animalité. « La grandeur de l'homme réside dans la pensée », c'est-à-dire dans sa capacité à raisonner et à savoir (y compris le fait d'être conscient qu'il ne peut tout savoir...).
Imagination: une des causes des erreurs de jugement des hommes, qui se fient à leurs sens plus qu'à leur raison. L'homme s'imagine par exemple qu'un magistrat est puissant car il voit qu'il est bien habillé; même le philosophe, devant passer sur une planche suffisamment large, ne pourra le faire car il s'imagine qu'il ne peut que chuter. L'imagination s'oppose à la raison mais aussi à l'instinct, connaissance spontanée dont on sait d'emblée qu'elle est vraie. Celui qui a la foi n'imagine pas que Dieu existe; il le sait de façon certaine même s'il ne peut le prouver par le raisonnement.
Inconstance: Fait que l'homme soit incapable de se fixer à un jugement ou à une attitude définitif. Tout homme change avec le temps: sa pensée évolue, tout comme ses réactions. Idée que l'on retrouve dans la pensée baroque, et chez Montaigne: « le monde est une branloire pérenne ».
Jansénisme: Mouvement religieux qui suit la doctrine de Jansénius. Il s'agit d'un catholicisme austère, pessimiste: l'homme est voué au péché car ses passions l'emportent le plus souvent sur sa raison. Il faut travailler à résister à ces pulsions mis seul le fait d'être élu de Dieu peut sauver l'homme. Cette élection n'est effective que le jour du jugement, après la mort; faut donc tenter de vivre vertueusement en espérant entrer dans la lumière divine. Le Christ janséniste est représenté les bras légèrement fermés (en angle obtus et non en angle plat) pour montrer que les élus seront rares. Le jansénisme se développe à Paris, à Port-Royal. Outre Pascal, Racine y a vécu; Diderot a fréquenté ses écoles, avant de devenir athée.
Maximes: phrases qui énoncent des vérités générales.
Métaphysique: Tout ce qui ne peut être prouvé par le raisonnement, par exemple l'existence de dieu.
Misère: Condition de l'homme qui vit à distance de la vérité et ne peut s'empêcher d'obéir aux pulsions de son corps.
Pyrrhonisme: courant de pensée inspiré par Pyrrhon (philosophe grec du IIIème siècle avant JC), qui consiste à douter de tous nos jugements et débouche sur l'époché (suspension de notre capacité à prononcer une quelconque vérité). Pascal s'en détache car, pour lui, il y a certains principes qui s'imposent spontanément à nous comme vrais.
Raison des effets: cause de nos comportements.
Vanité: vaine tentative, pour l'homme, d'échapper à sa condition de mortel. Vanité de la science: l'homme croit savoir mais ses jugements sont soumis au doute. Vanité de l'art qui nous fait admirer une copie de ce que nous n'admirons pas naturellement. Vanité de la gloire qui ne dure qu'un instant infime par rapport à l'étendue infinie du passé et du futur. Vanité de nos occupations qui sont vides en regard de la mort qui nous attend tous. Références extérieures: L'Ecclésiaste dans la Bible: « vanité des vanités; tout est vanité et poursuite de vent »; vanité en peinture: Les Ambassadeurs d'Holbein.