Les figures d’opposition dans les Pensées de Pascal
Pbtique : la multiplication des figures d’opposition correspond-elle à un parti pris littéraire ou plus philosophique ?
I- La figure de style privilégiée de Pascal
1) Les formes de l’expression de l’opposition chez Pascal :
Toutes les figures d’opposition sont présentes :
- Chiasmes : « rien n’est simple de ce qui s’offre à l’âme, et l’âme ne s’offre jamais simple à aucun sujet »
- Oxymores : « cette belle raison corrompue » (opposition qui se double ici d’ironie)
- antithèses : basculement entre deux phrases qui s’opposent : « la plus grande et importante chose du monde a pour fondement la faiblesse »
- antithèses : principe de construction d’un fragment : fragment 56 avec opposition constante entre juste, vrai, universel / erreur, confusion, coutumes
- paradoxes : « cela suffirait sans doute si la raison était raisonnable »
2) Une écriture baroque du renversement
On retrouve ce goût du renversement et de l’opposition chez les baroques (cf monologue de Laurent dans Romeo et Juliette, « et la mer et l’amour ont l’amer en partage » de Marbeuf, goût du clair-obscur en peinture). Il ya l’idée de prendre le contre-pied de la façon simple (et non contradictoire) de voir le monde. Chez Pascal, beaucoup de formulations contradictoires, d’autant plus que l’homme se trompe et que Pascal cherche dès lors à renverser les propositions traditionnellement admises : « il est dangereux de dire au peuple que les lois ne sont pas justes, car il n’y obéit qu’à cause qu’il les croit justes ». Le paradoxe constitue la « pensée de derrière », que la plupart ne possède pas, et que Pascal garde pour ses écrits, car il serait souvent dangereux pour lui et pour l’ordre de la proclamer trop ouvertement.
3) Un goût pour l’écriture charpentée
Coexiste en même temps que cette tendance baroque à l’opposition une volonté plus classique de clarifier la pensée et de l’exprimer de façon solide. Les figures d’opposition apportent à la fois déséquilibre et construction rigoureuse. Pascal multiplie les jeux de symétrie (« peu de chose nous console parce que peu de chose nous afflige ») ; il semble épuiser toutes les formulations possibles à partir de termes, qu’il ne cesse de renverser à l’envi pour ne laisser aucun doute sur les idées qu’il cherche à développer. « La justice sans force est impuissante ; la force sans la justice est tyrannique. La justice sans la force est contredite, parce qu’il ya toujours des méchants. La force sans la justice est accusée ».
Pascal est doué d’un véritable style. Cependant, il se méfie fortement de la tendance à accumuler les effets de rhétorique, qui empêcherait de se concentrer sur la recherche du juste et du vrai. Comme il le dit : « la vraie éloquence se moque de l’éloquence ». L’usage des figures de style n’est pas gratuit chez lui ; il ne s’en sert que pour renforcer l’idée qu’il développe.
II- Un usage de la rhétorique en accord avec la pensée pascalienne
1) Un monde « en branle » constant. Les énoncés évoluent en fonction du temps, des modes, des lieux : « Vérité au-deçà des Pyrénées, erreur au-delà »… et les discours de l’homme se font une cacophonie contradictoire, d’autant plus que le vrai est difficile à cerner. L’inconstance des discours se voit doublée du fait que l’homme lui-même évolue constamment, et sa pensée avec lui : « si on est trop jeune on ne juge pas bien, trop vieil de même » ; « la nature de l’homme n’est pas d’aller toujours. Elle a ses allées et venues ». L’usage des oppositions témoigne donc de l’incapacité de l’homme à atteindre le vrai : « quelle confusion ! », comme le traduit l’auteur.
2) La multiplication des figures d’opposition correspond également à la conception que Pascal se fait de l’homme : une « chimère », c’est-à-dire un être composite, déchiré : « guerre qui est entre les sens et la raison » ; opposition entre grandeur et misère : « la grandeur de l’homme est grande en ce qu’il se connaît misérable » ; « l’homme connaît qu’il est misérable. Il est donc misérable puisqu’il l’est, mais il est bien grand puisqu’il le connaît »
3) Enfin, les oppositions correspondent à la façon dont Pascal raisonne. La rigueur scientifique de sa pensée se traduit souvent dans des raisonnements dialectiques et les constants basculements entre les thèses que pèse Pascal expliquent les jeux d’opposition. Fragment 83 : 2 groupes qui se contredisent (le peuple et les demi habiles) ; Pascal dépasse l’opposition (synthèse) avec une 3ème catégorie, les habiles. De même : « nous avons donc montré que l’homme est vain par l’estime qu’il fait des choses qui ne sont point essentielles » + suite du fragment 86. La dialectique rend aussi compte de la nature de l’homme, de la façon dont chacun dirige son existence : « Dépendance, désir d’indépendance, besoins » : un syllogisme qui résume la conception de l’homme pour Pascal et qui tourne autour de trois fragments de phrase !
Question a rendre à la rentrée : Quel est l'interet des paradoxes chez Pascal ? Quelqu'un peut m'aider ? :s:shttp://null.centerblog.net
le 2ème axe pète sa mère